‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 127 sur 140 · CINQUIEME PARTIE, lo70-lo · texte numérisé non relu

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mour des lettres et des arts. Elle chantait et jouait du luth agréablement. Familière avec les langues vivantes et avec le latin, elle écrivait bien en prose, et elle aurait pu se faire une réputation en poésie. Outre les soins du gouvernement, rendus faciles et doux par cet état de paix si heureusement conservé, telles étaient les occupations qui remplissaient ses heures. Gastel- Béziat, cette charmante retraite créée exprès pour son enfance, était son séjour de prédilection. Là, tout lui parlait du temps trop court qu'elle avait passé près dune mère dont la mémoire était pour elle l'objet d'un culte presque religieux.

A la bonté gracieuse et aimable se mêlait chez Catherine de Bourbon une teinte de mélancolie. Bien des princes recherchèrent sa main : de ce nombre furent les ducs de Lorraine et de Savoie, le prince Chrétien d'Anhalt, le duc de Montpensier, le comte de Soissons. Éhsabeth la demanda pour Jacques Stuart, roi d'Ecosse et héritier de la couronne d'Angleterre. Elle venait de naître, quand Henri II proposa de la liancer au duc d'Anjou, enfant aussi, et qui renouvela la demande après son retour de Pologne, lorsqu'il fut devenu roi de France; mais la reine-mère détestait Catherine, quoiqu'étant sa marraine; elle la représentait comme naine et contrefaite, et ne négligea rien pour dégoûter d'elle son fils. Du reste, la princesse de Navarre était d'autant moins disposée en faveur de ce projet, que sa mère lavait toujours vu avec une invincible répugnance. Parmi tous ces prétendants, un seul fut aimé; c'était le comte de Soissons, cousin de Catherine, et des considérations politiques furent opposées à cette alliance. Le refus persistant essuyé [«ar Soissons contribua peut-être

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à le jeter dans les rangs de la Ligue. Cette affection fut, pour Catherine, le chagrin de sa vie entière, et lui faisait éloigner tout autre parti. Son invariable résolution de rester fidèle à sa croyance religieuse était d'ailleurs un obstacle à l'égard de plusieurs des mariages qui lui furent offerts. Si forte que fut dans son cœur la tendresse fraternelle, l'exemple de Henri n'ébranla en rien cette détermination. « Je ne quitterai jamais, » disait-elle, « une reUgion dans laquelle j'ai été nourrie, » ne seroit-ce (]ue par respect pour la mémoire de ma » mère, dont je tiens la vie et toutes les actions imi- » tables. »

En 1593, le comte de Soissons était secrètement venu en Béarn, afin de décider Catherine à l'épouser sans le consentement du roi. Henri, instruit de cette démarche, en conçut l'irritation la plus vive. Il ordonna au Président du Parlement de Pau d'éloigner le comte, fût-co par la force, et d'empêcher ce mariage, le rendant responsable sur sa tête de ce qui arriverait. Catherine fut appelée près de son frère en termes si impérieux, qu'elle dut obéir. Quand elle quitta le Béarn, ce fut avec ce même serrement de cœur que Jeanne d'Albret avait ressenti à son triste et dernier départ. Quelques jours avant le sien, Catherine écrivit sur une vitre de Caste l-Béziat : Quô me fata vocant. (Là où les destins m'appellent). Une main inconnue ajouta, en terminant le vers : Ne quà te fata vocarent (Ce n'est pas là que les destins t'appelleraient). Catherine fit ses tristes adieux aux Béarnais, dont les larmes se mêlèrent aux siennes , comme elles s'étaient mèiées à celles de Jeanne, et elles furent d'autant plus amères, que de tristes augures s'étaient trop vérifiés. Au moment où

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