CINQUIEME PARTIE
la princesse partait, une pauvre femme béarnaise s'ap- [îrocha d'elle tout en pleurs, et lui dit dans son naïf i Uipage : M Âh! Madamo, plan vedem l'anado como de busle may, mas non veyam pas la tornado (Ah ! Ma- (jame, nous voyons bien votre départ, comme celui de votre mère, mais nous ne vîmes pas le retour) ; » mots simples et douloureux qui redoublèrent l'émotion de Catherine. Henri attendait l'exécution de ses ordres avec tant d'impatience, qu'il vint à sa rencontre jusqu'à Saumur, mais ce fut cette fois moins en frère qu'en souverain irrité.
Pendant quelques années encore, Catherine refusa ou éluda les propositions qui lui étaient faites. Avec un sourire où la mélancolie tachait de prendre une apparence de gaieté, elle répétait ce vers latin :
Grafa superveniet quœ non sperahitur hora. (Il viendra, l'heureux jour que l'on n'attendra pas.)
Enfin, une nouvelle défection du comte de Soissons ayant diminué pour lui son affection avec son estime, elle consentit à épouser Henri, duc de Bar, fils de Charles HI de Lorraine, qui l'avait inutilement demandée pour son propre compte. Ce consentement, de la part de Catherine, fut un acte de cette soumission envers son frère, que sa mère lui avait prescrite, et cependant il manquait une fois de plus à ces volontés saintes, car Jeanne lui avait recommandé de ne jamais donner à sa sœur un époux de religion différente. H y eut là chez Catherine un esprit d'abnégation dont Henri IV abusa d'une manière assez dure, sans souci du bonheur de cette sœur si dévouée, qu'il sacrifiait à d'égoïstes convenances.
Le pape Clément VII refusant les dispenses que le cas de religion rendait nécessaires, et les évoques français ne voulant pas, pour cette raison, prêter leur concours, Henri IV recourut à son frère naturel, Charles de Bourbon, dont il avait fait un archevêque de Roueii. On peut voir, dans les Mémoires de Sully, les difficultés que cet étrange prélat opposa aussi d'abord, de quelle leste façon le roi le traita, en quels termes encore plus lestes lui parla Roquelaure, que Henri avait chargé de ie mettre à la raison : comment il lui rappela ses faits et gestes fort profanes ; comment enfin, devant ces arguments et la menace de lui ôter la crosse, la mitre, sa « belle maison de Gaillon, » et dix mille écus de rente, Charles de Bourbon termina cette vraie scène de comédie en mettant de côté ses scrupules prétendus. Pour arranger toutes choses, Henri, habile en accommodements de conscience, décida que le mariage ne serait célébré ni à l'église ni au prêche, mais dans son cabinet : « Ma présence, » dit-il, « est plus » que toute autre solennité, et mon cabinet est un lieu » sacré. » Dans le pays tout catholique où elle allait vivre, Catherine se réserva le libre exercice de son culte. Elle s'était montrée près de son frère la patronne constante et zélée de ses coreligionnaires, si bien qu'un jour les députés des églises protestantes du Poitou sollicitant de lui quelques faveurs, il leur répondit : « Adressez- « vous à ma sœur, car votre état est tombé en que- » nouille. » Conclu à Monceaux, le 5 août 1598, le mariage eut lieu le 29 janvier suivant ; mais Catherine ne voulut partir pour la Lorraine qu'après avoir vu s'accomplir la vérification de l'édit de Nantes qu'elle poursuivait, dit Mathieu, «avec une incrovable affection.»