‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 129 sur 140 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

L'union, célébrée contre Taveu du saint-siége, attira ses foudres, et fut déclarée nulle. En la formant, le duc de Bar avait obéi, non pas à l'amour, mais à l'intérêt politique ; cet intérêt vint à s'atïaiblir, sur ces entrefaites, par l'intention que Henri IV annonça de se remarier. La crainte de son mécontentement et un reste de bienséance arrêtaient seuls les princes lorrains, et les empêchaient de sacrifier des nœuds auxquels ils tenaient peu désormais. Catherine, au contraire, s'était prise à aimer celui qu'elle n'avait vu d'abord qu'avec une froide indifférence, et les dispositions de son mari, qui lui étaient connues, la plaçaient dans la situation la plus pénible. Néanmoins, ce fut en vain qu'elle fut pressée par lui et par le roi de consentir à l'abjuration qui mettrait fin à ces luttes et à ces craintes. Des conférences avec le jésuite Commolet, auxquelles, en 1599, elle consentit par égard pour son frère, ne produisirent, d'après ce qu'elle écrivit à Du Plessis-^Iornay, qu'un effet tout opposé à celui qu'on en avait attendu. « Non. » disait-elle, « jamais je ne serai d'une rehgion » où il me faudroit croire que ma mère est damnée. » Le pape , qui reculait lui-même devant une mesure aussi extrême que la rupture du mariage, écrivit dans les termes les plus pressants à la princesse calvinisto, en lui faisant valoir, avec la question de son salut, l'intérêt des enfants qu'elle pourrait avoir, et la gloire de l'exemple fraternel; mais cet appel demeura également vain.

Du moins, la promesse faite à Catherine, de ne point la gêner dans la pratique de son culte, fut fidèlement observée. Le service divin était célébré au château de Malgrange, près de Nancy, par des minislros qui d'abord

furent alternativement délégués à cet effet par les églises réformées de France, et en 1603,, le synode de Gap désigna le pasteur de Paris Du Moulin et le pasteur de Rouen La Rivière pour être attachés à la duchesse de Bar comme chapelains.

Lorsqu'elle se maria, Catherine avait près de quarante ans. Transportée à cet âge dans une contrée tout étrangère, elle s'était résignée en épouse chrétienne à cette nouvelle vie. L'attachement même qu'elle conçut pour son époux lui devint une autre source d'amertume, et fut une épreuve de plus pour cette âme soufTrante et résignée. Quoique l'exercice du Calvinisme ne fût pas vu avec plaisir par les Lorrains dans le palais de leurs princes, Catherine sut assez se faire aimer d'eux pour qu'il lui semblât quelquefois retrouver dans leur affection un souvenir de ses chers Béarnais, et pour qu'on l'ait entendue dire qu'elle n'avait jamais eu « un contentement d'esprit plus parfait qu'en Lorraine. » Cependant, l'illusion ne pouvait être longue, et il est reconnu que le chagrin abrégea sa vie. Un mal dont elle fut attaquée lui fit croire qu'elle était enceinte, et des médecins ignorants confirmèrent son erreur. Malgré les plus vives souffrances, elle refusa d'être soulagée par des remèdes qui seraient contraires à l'état où elle pensait se trouver, répétant qu'elle ne ppuvait trop souffrir, « ni la maladie être trop fâcheuse pour devenir mère. » Elle mourut dans de cruelles douleurs, le 13 février 1604, à l'âge de quarante-cinq ans et six jours. Sa bisaïeule Catherine de Foix était morte à quarante-sept ans; son aïeule Marguerite à cin(|uante-sept ; sa mère Jeanne d'Albret à quarante- quatre. Ainsi, dans la succession si

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