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mier choix. Bernard d'Arros, un des douze hauts barons du Béarn qui portaient le titre de Jurais de la Cour, possédait dans le pays une très grande influence, dont l'évêque de Mende se flatta de profiter. Une telle espérance était une insulte pour ce seigneur, que le respect général entourait à bien juste titre. Prévenu par la reine de Tintrigue qui se tramait, le loyal d'Arros sut, à son exemple, contenir l'indignation qu'il éprouva. Il feignit d'entrer dans les vues du corrupteur; il connut ainsi tous les détails du plan auquel on voulait le gagner; puis, quand l'évêque de Mende, grâce à un concours si important, se croyait certain du succès, le baron rassembla la noblesse des diverses parties du royaume. Il lui dévoila l'odieux projet; il anima tous les cœurs d'une généreuse colère. Chacun jura de sacrifier sa vie plutôt que l'existence nationale, et courut soulever les mêmes sentiments dans le peuple entier. Le perfide évêque, poursuivi par une foule en fureur, qui voulait punir sa trahison, n'eut que le temps de se sauver en France. Gentilshommes, bourgeois, paysans, tous n'eurent qu'un même cri. Ce pays, depuis si longtemps paisible, ne respira plus que la guerre. On pourvut en hâte à la défense de Pau, d'Oléron, de Navarreins, des diverses places fortes, et Ton se tint prêt à une résistance désespérée, sans songer à l'inégalité de la lutte.
Sur la nouvelle de ces dispositions, Henri II vit qu'il était joué. Jeanne, qui était Tâme de ce mouvement, lui manda que la répugnance de ses sujets pour une autre domination était insurmontable, qu'il n'avait pas dépendu d'elle d'en triompher. Henri, qui savait, d'ailleurs, l'Espagne disposée à saisir la première occasion
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pour rompre une paix précaire, ne voulut pas employer la force ouverte, et fit semblant de croire aux assurances de la reine de Navarre; mais, bientôt après, pour amoindrir la position de l'époux de Jeanne, il détacha le Languedoc du gouvernement de la Guyenne, qui comprenait toutes les provinces méridionales; il ôta même la Picardie au prince de Condé, qu'il remplaça par l'amiral de Coligny, et, au détriment de la branche de Bourbon, il porta sur la famille de Guise sa bienveillance et ses faveurs.
La reine de Navarre avait reçu, dans l'élan dévoué de son peuple, la plus forte et la première de toutes les consécrations pour un souverain. Peu après, Jeanne et Antoine furent solennellement couronnés selon les formes antiques. De nouvelles monnaies d'or et d'argent furent frappées à leur double effigie. D'un côté étaient les deux vaches des armoiries béarnaises; de l'autre, les armes réunies de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, et d'Antoine de Bourbon, et à l'entour, celte vieille devise des rois navarrais : Gmtia Dei sum id quod sum (Je suis par la grâce de Dieu ce que je suis).
L'habileté de Jeanne d'Albret avait détourné, pour le moment, le grave danger dont la cour de France menaçait ses États; mais cette ambition et ce mauvais vouloir ne cherchaient que de nouveaux prétextes. Ils en trouvèrent un daiis le mouvement religieux qui allait s'étendant de plus en plus, et pour lequel les sympathies de la cour de Navarre étaient assez connues.
Comme il arrive toujours et partout quand des convictions sont sérieuses et vivaces, les persécutions et les supplices n'avaient fait qu'enflammer davantage en France le zèle des partisans de la Réforme. Ses mis-
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sionnaires se répandaient dans toutes les provinces, ardents, résolus, infatigables, propageant leurs doctrines de vive voix et par le moyen de la presse, qui avait créé, exprès pour cet usage, d'actifs et nombreux ateliers. Des imprimeries de Genève, de Lausanne, de Neucliâtel, sortaient quantité de livres et de petits imprimés que distribuaient ces agents, simples marchands ambulants en apparence , et connus sous les noms de porte-balles, porte-paniers ou libraires. «Pour avoir plus facile accès dans les villes, aux champs, dans les maisons de la noblesse, » dit Florimond de Rœmond, «aucuns d'entre eux se faisoient colporteurs de petits affiquets pour les dames, cachant au fond de leurs balles ces petits livres dont ils faisoient présent aux filles; mais c'étoit à la dérobée, comme d"une chose qu'ils tenoient bien rare, pour en faire le goût meilleur. » Dans beaucoup d'endroits, des prêches avaient lieu, soit clandestins, soit même publics; des synodes se réunissaient pour poser les bases de la discipline et constituer des Églises. Le faste et les désordres scan-^ daleux du clergé faisaient mieux apprécier, par le contraste, la simplicité grave et sévère des ministres du culte réformé. Point de milieu : ou bien le Protestantisme rencontrait des prosélytes dévoués, ou bien des haines acharnées se soulevaient contre lui, la passion religieuse étant attisée par d'absurdes et monstrueuses accusations, renouvelées de celles qui poursuivirent non-seulement les Albigeois et les Yaudois, mais encore les premiers chrétiens.
La famille de Guise prenait une influence toujours croissante, appuyant dès lors son ambition sur le prétexte spécieux de la défense du Catholicisme. Elle était
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représentée par trois frères : le cardinal de Lorraine, les ducs de Guise et d'Aumale. Archevêque de Reims, possédant un revenu de trois cent mille livres, — ce qui valait bien alors autant que douze cent mille et plus aujourd'hui, — le cardinal de Lorraine, que Ton appelait le pape d'au delà des monts, était aussi décrié pour ses mœurs qu'avide de richesses. Il justifiait trop bien le reproche contenu dans cette parole d'un prélat plus digne d'estime, le cardinal Paole, qui disait que « le seul moyen d éteindre 1 hérésie était d'édifier les hérétiques, et non de les égorger. » Le cardinal de Lorraine donnait son autorité sacrée pour auxiliaire à la gloire militaire du duc de Guise, illustré par la défense victorieuse de Metz contre Charles-Quint en personne. Tous les deux n'aspiraient à rien moins qu'à s'asservir la royauté même. Leurs vues n'étaient que trop bien servies par l'aviUssante domination de Diane de Poitiers, parée par Henri II du titre de duchesse de Yalentinois. Les atroces édits lancés contre les Religionnaires associaient aux fureurs du fanatisme les plus sordides passions, toutes les cupidités, toutes les bassesses. De riches primes étaient promises à qui dénoncerait les coupables du crime d'hérésie. Les biens des condamnés étaient jetés comme une proie à Tindigne favorite et à quelques autres hauts personnages ; en sorte que personne n'était à l'abri d'une accusation capitale, pour peu que le délateur pût saisir le prétexte d'une certaine indépendance d'opinions, pour peu qu'une vertu gênante fût une censure et un obstacle importun pour ces infamies.
Gomme au temps de la reine Marguerite, le royaume de Navarre était une terre d'asile, un refuge contre les