SUR UN PRÉTENDU MARIAGE SECRET QUE JEANNE D ALBRET AURAIT CONTRACTÉ
Il n'est guère de reines, même les plus vertueuses, sur qui ne se soit exercée l'imagination des faiseurs de romans.
Pour ne rien omettre et ne rien taire, nous devons mentionner ici celui du prétendu mariage que, dans les derniers temps de sa vie, Jeanne d'Albret aurait contracté avec un comte de Goyon. C'est après plus de cent ans que l'on voit apparaître pour la première fois un récit que Bayle a recueilli en ces termes, dans le second volume de sa Réponse aux Questions d'un Provincial, récit qu'il dit tenir « d'un fort honnête homme et de beaucoup d'esprit : »
« Jeanne d'Albret épousa en secondes noces, à petit bruit, le comte de Goion qui fut tué à la Saint-Barthélémy. Elle en eut un fils qu'un seigneur de la maison d'Albret fut (ou lit?) élovor incognito sur les frontières
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d'Espagne. Ce fils, étant repassé en Guyenne, se maria avec la fille d'un cabaretier, dont il eut un fils qui fut ministre à Bourdeaux et père de M. Goion, aussi ministre à Bourdeaux, et qui mourut à Amsterdam, quelques années après la révocation de l'édit de Nantes. »
Assurément, il faudrait d'autres preuves que le témoignage d'un anonyme (cet anonyme fût-il honnête homme et de beaucoup d'esprit, ce qui ne constitue pas autorité historique) pour faire croire à ce récit plus que romanesque, ou, pour mieux dire, à ce conte ridicule. D'ailleurs, il est une première objection qui se présente. En consultant, dans la France protestante (tome Y, page 347 et suivantes), le tableau des différentes branches de la famille de Goyon, famille l^retonne, et alors calviniste, on y voit bien un Amaury de Goyon, sieur de La Moussaye, qui commandait une compagnie de cinquante hommes d'armes quand d'Andelot vint en Bretagne en 1568 ; mais ce gentilhomme, qui fut marié en premières noces à Catherine Madeuc, et en secondes noces à Claude d'Acigné, mourut dix ans après la Saint- Barthélémy, en 1582. Il eut de sa première femme un fils mort en 1591. Ni dans cette branche aînée, ni dans les autres branches de la famille de Goyon, l'on ne trouve aucune victime du massacre de Paris.
Avec la scrupuleuse conscience qui caractérise leur vaste travail, MM. Haag ne laissent pas de donner deux pièces que nous devons rapporter comme eux. Elles ont été insérées dans l'édition des Mémoires de Du Plessis-Mornay, publiée par Auguis (1822-1825), et sont ainsi conçues :