‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 132 sur 140 · CATHERINE DE BOURBON · texte numérisé non relu

CATHERINE DE BOURBON

Commencement du Miroir de l'Ame pécheresse.

Où est l'Enfer remply entièrement

De tout malheur, travail, peine et tourment?

Où est le puits de malédiction,

D'où sans fin sort désespération ?

Est-il de mal nul sy profond abysme,

Qui suffisant fust pour punir la disme

De mes péchés ? qui sont en sy grand nombre

Qu'infinité rend sy obscure l'ombre,

Que les compter, ne (ni) bien voir je ne puys

Car trop avant avecques eux je suis.

Et qui pis est, je n'ay pas la puissance

D'avoir d'un seul, au vray, la congnoissance.

Bien sens en moy, que j'en ay la racine,

Et au dehors ne voy effect ne signe.

Qui ne soit tout branche, fleur, fueille et fruit,

Que tout autour de moy elle produit.

Si je cuyde regarder pour le mieux, Me vient fermer une branche les yeux;

Tombe en ma bouche, alors que veux parler, Le fruit par trop amer à avaller.

Si pour ouyr mon esperit s'esveille, Fueilles à tas entrent en mon oreille : Aussi mon nez est tout bouse hé de fleurs. Voilà comment en peine, criz et pleurs En terre gist, sans clarté ne lumière, Ma cbétive âme, esclave et prisonnière, Les pieds liez par sa concupiscence, Et les deux bras par son acoustumance.

En moy ne gist le pouvoir du remède, Force je n'ay pour bien crier à l'aide.

Bref, à jamais, à ce que je peux voir, Espoir aucun de fin ne dois avoir; Mais sa grâce, que ne puis mériter, Qui peult de mort chacun resusciter.

Par sa clarté ma ténèbre illumine; Et sa vertu, qui ma faulte examine, Rompant du tout le voiie d'ignorance, Me donne au vray bien clère intelligence, Que c'est de moy et qui en moy demeure: pt 011 je suis, et pourquoi je labeure : Qui est celuy lequel j'ay offensé.

Auquel si peu de servir j'ay pensé.

Parquoy il fault que mon orgueil s'abaisse. Et qu'humblement, en plorant, je confesse. Que, quant à moy, je suis trop moins que rien ; Avant la vie boue et après fient :

Un corps rempli de toute promptitude A faire mal, sans vouloir autre estude, Subjet à mal, ennuy, douleur et peine.

Vie très bresve et la fin incertaine, Qui soubz péché par Adam est vendu.

Et de la loy jugé d'être pendu.

Car d'observer un seul commandement.

Il ne m 'advint en ma vie vrayment.

En moy je sens la force de péché.

Dont moindre n'est mon mal d'estre caché. Tant plus dehors se cèle et dissimule Plus dans le cœur s'assemble et accumule.

Ce que Dieu veult, je ne le puis vouloir : Ce qu'il ne veult, souvent désire avoir. Qui me contraint, par ennuy importable, De ce fascheux corps de mort, misérable. Désirant voir la fin tant désirée, Estant la vie esteinte et dessirée.

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