CHANSON DE NOËL
Sur : Las ! qu'en dit-on en France, Des gents de Luxembourg (1)
Changeons tristesse en joie Et en chant nostre deuil, Afin que mieux on croie, Ouvrons de l'esprit l'œil.
Laissons ceste chair morte, Qui tant nous desconforte Avec son vieil Adam.
De vine (vive?) foi et forte.
Chantons à chaque porte Noël pour fin de l'an.
Pour la fin de l'année, A tous ceux qui ont foy, Grâce leur est donnée ; Car le tout puissant Roy, En monstrant sa largesse, Pour tenir sa promesse A son peuple est venu :
Laissons donques tristesse, Car chanter de liesse Tout fidèle est tenu.
Resjouys-toi, Nature,
En ce jour tant heureux,
Car de sa créature
Dieu se montre amoureux.
Il luy donne sa grâce, ^
Et luy monstre sa face,
Soubs forme d'un enfant.
Nature morte et lasse,
Sentant ceste efficace,
Contre mort se défond.
(1) Ces compositions pieuses s'ajustaient sur des airs de chansons, comme on fit d'abord pour les Psaumes en fran-
De prendre nostre cendre
Le Fils n'a desdaigné ;
Et pour tous blancs nous rendre
En sang il est baigné.
En ce sang-là nous sommes,
Autant femmes comme homme?
De tout rendus parfaitz ;
Du péché et ses sommes,
Nous en ostant les sommes.
Il a porté le faix.
Soubz la forme d'enfance, 11 nous vient visiter, Pour la morte innocence.
Et nous resusciter.
Voyons sa petitesse, Suyvons-le en sa bassesse, Ne nous estimans riens ; Fuyons orgueil, hautesse Prenons-le pour addresse FA nous serons des siens.
Si nous povons bien croire Geste Nativité, Toute nuict laide et noire , Toute lascivité.
Toute chose charnelle, Ainsi qu'une estincelle, En rien retournera ; Et la lumière belle D'une clarté nouvelle Nous illuminera.
Et prenons pour exemple De luy porter honneur.
Celle qui est le temple Du souverain Seigneur.
Pas n'est la vierge folle Qui tout le monde affoUe Car ceste-cy a creu En la sainte Parole Du grand maistre d'eschole Qu'elle a par Foy conceu.
ii6 HISTOIRE DE JEANNE D'ALBR
Suyvons sa Foy parfaite,
Ayinant la vérité,
Et prenons sans defifaite
Sa pure charité.
Sa tresseure (très sûre) espérance
Sa vierge continence,
Sa grand' humilité.
Sa tressage (très sage) abstinence,
Sa prudence et constance,
Douceur, humanité.
Mettons donc si grand' peine Que des grandes vertus De cestc Souveraine Nous soyons revestuz.
Mais mettons en mémoire D'en rendre à Dieu la gloire, Ainsi comme elle a fait.
Il est nostre victoire ; Car par luy nous fault croire Nostre ennemy deffait.
FRAGMENT DE UliEPTAMÉRON (1).
Sitôt que le matin fut venu, s'en allèrent en la chambre de Madame Oisille, laquelle trouvèrent déjà en ses orai-
(1) C'est pour faire connaître à nos lecteurs la prose de Marguerite de Valois, que nous empruntons cette page à l'introduction de son Heptaméron. Des cavaliers et des dames, allant aux eaux de Cauterets, et retenus en route par un débordement du Gave, conviennent, pour passer le temps, de raconter tour à tour des histoires, comme les Florentins et les Florentines de Boccace pour fuir et oublier les horreurs de la peste. Le lieu choisi est une riante prairie, et ces réunions galantes se tiennent sous les auspices d'une dame Oisille, « femme veuve et de longue expérience, » dont les oreilles, malgré ses oraisons, ne sont pas trop sujettes à s'effaroucher.
sons, et quand ils eurent ouï une bonne heure sa leçon et puis dévotement la messe, s'en allèrent dîner, à dix heures ; et après, se retira chacun en sa chambre pour faire ce qu'il avoit à faire, et ne faillirent pas à midi de se trouver au pré, selon leur délibération : qui étoit si beau et si plaisant, qu'il avoit besoin d'un Boccace pour le dépeindre à la vérité ; mais vous vous contenterez que jamais n'en fut vu un pareil. Quand l'assemblée fut toute assise sur l'herbe verte, si molle et délicate, qu'il ne leur falloit ni carreaux ni tapis, Simontault commença à dire . « Qui sera celui de nous qui aura com- ') mandement sur les autres ? » Hircan lui répondit : « Puisque vous avez commencé la parole, c'est raison )) que vous commandiez, car au jeu nous sommes tous » égaux.— Plût à Dieu ! » dit Simontault, « que je n'eusse » bien en ce monde, que de pouvoir commander à toute » cette compagnie, » A cette parole, Parlamente l'entendit très bien, qui se print à tousser; p^rquoi, Hircan ne s'aperçut de la couleur qui lui montoit aux joues , mais dit à Simontault : « Commencez à dire quelque » bonne chose, et Ton vous écoutera. » Lequel , convié de toute la compagnie, se print à dire : « Mesdames. » j"ai été si mal récompensé de mes longs services, que, » pour me venger d'amour et de celle qui m'est si » cruelle, je mettrai peine de faire un recueil de tous » les mauvais tours que les femmes ont faits aux pau- » vi'es hommes, et si ne dirai rien que pure vérité. )>
m HISTOIRE DE JEANNE D ALBHET.