SONNET
Que mériter on ne puisse l'honneur Qu'avez escript, je n'eu suis ignorante : Et si ne suis pour cela moins contente, Que ce n'est moi à qui appartient l'heur.
Je cognois bien le prix et la valeur De ma louange, et cela ne me tente D'en croire plus que ce qui se présente. Et n'en sera de gloire enflé mon cœur.
Mais qu'un Bellay ait osé me l'escrire, Honte je n'ai à vous et chacun dire, Que je me tiens plus contente du tiers,
Plus satisfaite, et encor glorieuse, Sans mériter me trouver si heureuse, Qu'on puisse voir mon nom en vos papiers.
(1) Ces sonnets sont adressés à Joachim Du Bellay. Voici la fin d'un de ceux qu'il fit pour la princesse, dans cet échange de compliments poétiques :
Tant qu'on voudra l'on blasmera les Muses, Et ceux qui ont leurs sciences infuses, Les Muses sont de la race des Roj s ;
Roynes plustost elles sont, ce me semble,
Puisqu'une Royne avec elles s'assemble, H i
Et qu'Apollon s'est rendu Navarroys.
POESIES. î iî)
AUTRE SONNET
De leurs grands faits les rares anciens Sont maintenant contents et glorieux, Ayant trouvé poètes curieux Les faire vivre, et pour tels je les tiens.
Mais j'ose dire (et cela je maintiens) Qu'encor ils ont un regret ennuyeux, Dont ils seront sur moy-mesme envieux, En gémissant aux champs Élysiens ;
C'est qu'ils voiidroient (pour certain je le scay Revivre icy, et avoir un Bellay, Ou qu'un Bellay de leur temps eust esté.
Car ce qui n'est sçavez si dextremeut Feindre et parer, que trop [jIus aisément Le bien du bien serait par vous chanté.
AUTRE SONNET
Le papier gros et l'encre trop espèce (épaisse La plume lourde et la main bien pesante, Stile qui point l'oreille ne contente, Faible argument, et mots pleins de rudesse,
Monstrent assez mon ignorance expresse.
Et si n'en suis moins hardie et ardente, Mes vers semer, si sujet se présente : Et qui pis est, en cela je m'adresse
A vous qui pour plus aigres les gouster. En les meslant avecques des meilleurs, Faictes les miens et vostres escouter.
Telle se voit différence aux couleurs : Le blanc au gris sçait bien son lustre oster; C'est l'heur de vous, et ce sont mes malheurs.
AUTRE SONNET
Le temps, les ans, d'arnaes me .serviront Pour pouvoir vaincre une jeune ignorance, Et dessus moy à moy-mesme puissance A l'advenir, peut-estre donneront.
Mais quand cent ans sur mon chef doubleront, Si Je hault ciel un tel aage m'advance, Gloire j'auray d'heureuse récompense, Si puis atteindre à celles qui seront
Par leur chef-d'œuvre eu los tousjours vivantes. Mais tel cuider seroit trop plein d'audace; Bien suffira, si près leurs excellentes
Vertus, je puis trouver petite place :
Encor je sens mes forces languissantes Pour espérer du ciel tel heur et grâce.
POESIES. m