DEUXIEME PARTIE, 1'mo-1oG
y verrait encore la source de grandes fautes où les passions de l'homme entraînèrent le capitaine et le roi. Il suffira de citer le temps précieux perdu aux pieds de Gorisande d'Andoins et de M^^ de La Roche-Guyon, après les batailles de Coutras et d'Ivi'y, et le fruit de ces deux victoires compromis pour une si triste cause. Voilà de ces torts graves que Henri JY se fût épargnés (et sa gloire y gagnerait beaucoup), s'il avait suivi en tout les leçons de sa noble mère, comme il aimait à les rappeler.
Trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis la paix de Gateau-Cambrésis, quand un tragique et soudain événement vint mettre en jeu tous les intérêts opposés, et ouvrit cette période de luttes et d'orages oîi la France se débattit pendant plus de trente ans.
Le 29 juin 1559, au milieu des fêtes célébrées pour le double mariage de sa fille et de sa sœur, Henri H tombait mortellement frappé dans un tournoi par la lance de Montgommery. Il laissait pour successeur l'aîné de ses fils, qui n'avait pas seize ans, et chez qui la faiblesse du caractère et de la santé se joignait à l'inexpérience de la jeunesse. Quelle influence allait régner sous son nom? Prince du sang, le roi de ISavarre avait droit de prétendre à un rôle prépondérant dans les affaires; mais en ce moment, il était dans ses États, ainsi que la reine sa femme; justement mécontents, tous les deux se tenaient éloignés de la cour de France et de ses fêtes. Lors même qu'Antoine de Bourbon eût été là, il est probable que l'habileté des Guises l'aurait facilement supplanté ; absent à plus forte raison fut-il
8? lîISTOiRE DE JEANNE li'ALBUET.
mis à l'écart par les ambitions qui se pressèrent autour (lu lit (le mort et des funérailles d\i roi. Catherine de Méuicis et les Guises associèrent leurs intérêts. La reinemère eut le titre de surintendante générale du royaume; le duc de Guise prit la direction des armées, le cardinal son frère s'empara des finances, et l'on vit en leur personne ressusciter ces maires du palais de la première race , souverains actifs et réels sous le nom de rois fainéants.
Catherine de Médicis, dont le génie funeste allait désormais se donner carrière, offrait le type de ces caractères que n'arrête aucun scrupule ; croyant médiocrement en Dieu, mais beaucoup à l'astrologie; superstitieuse et scepti({ue à la fois; dévote à l'extérieur comme une Italienne, et aussi indifférente, dans le fond, en matière de foi qu'en matière de morale ; prête, selon l'occasion, à s'allier aux Protestants, soit pour les tromper, soit pour trouver en eux des auxiliaires de passage contre ses adversaires catholiques ; experte et raffinée en cet art de la fourberie qui florissait alors dans son pays avec celui des poisons; faisant mouvoir ensemble ou tour à tour les séductions souriantes de ses sirènes corruptrices, et les armes de ces bravl de l'intrigue et du crime dont elle importait les mœurs en France: telle se montre Catherine de Médicis dans ces tristes pages où elle va jouer un rôle si fatal. (1)
En face de Catherine, en face des Guises, et pour
(1) Il va sans dire que des traits qui s'appliquent à l'Italie du seizième siècle, si grande par les lettres et les arts, mais souillée par la corruption particulière et publique, sont tout à fait étrangers à l'Italie actuelle, ennoblie, au contraire, par son glorieux relèvement.