DEUXIEME PARTIE, loo5-loG
le plus zélé pourleur faire obtenir la liberté de conscience. En effet, la Réformation avait pris en France assez de force, assez de consistance, pour affirmer et revendiquer ce principe fondamental, supérieur à tous les gouvernements, à tous les pouvoirs humains. Un des articles du traité de Cateau-Gambrésis stipulait une action commune entre les rois de France et d'Espagne pour l'extinction de l'hérésie. Ainsi, les persécutions et les supplices pour cause de religion, qui étaient déjà en France à l'état de fait existant, recevaient la consécration d'un acte diplomatique. Pour ajouter aux tristes conditions de cette paix humiliante, TEspagne faisait prévaloir solennellement l'horrible régime de l'Inquisition, même au nord des Pyrénées. Cet abominable tribunal prenait droit de bourgeoisie sur la terre française, représenté par le cardinal de Lorraine, à qui était conférée, par la cour de Rome, la charge de grand inquisiteur. Cependant, moins de deux mois après le traité qui leur déclarait cette guerre à mort, les Protestants de France constituaient leur Êghse dans toutes les formes. Un synode général était convoqué à Paris, dans le centre même où le pouvoir, entouré de ses espions et de ses juges, exerçait l'action la plus immédiate, et au miheu dune population dont la grande masse restait toujours violemment hostile à ces hérétiques dont on racontait tant de crimes. Le 2omai 1359, date mémorable, un synode s'y était réuni sous la présidence du pasteur François Morel, sieur de Collonges. Avec les articles de foi, les mêmes que dans l'Église de Genève, il avait réglé, dans tous leurs détails, l'organisation et la discipline, comme si les décrets de proscription et de mort étaient non avenus.
01 HlSTOlllE DE JEÂ.NNE D'ALBRET.
Dans cette situation, et au moment d'un changement de règne où l'âge du souverain laissait le champ libre à toutes les espérances, on conçoit celles que les Calvinistes avaient mises dans un prince du sang qui faisait ouvertement profession de leur foi. Mais ils purent bientôt juger, ainsi que les adversaires catholiques des Guises, combien ils avaient eu tort de compter sur le roi de Navarre. Jouet de ceux qu'il devait combattre, déjà trop disposé naturellement à s'oublier dans des voluptés honteuses, outre les pièges de la même espèce oh. il fut attiré par calcul, Antoine de Bourbon ne fît aux yeux de tous qu'amoindrir son importance pohtique et dégrader son caractère.
Trop bien informée à cet égard, Jeanne d'Albret pressait son mari de revenir en Béarn. Une occasion s'offrit pour ce retour. Le roi de Navarre fut choisi pour accompagner Elisabeth de France, déjà liée à Philippe II par des nœuds qu'elle avait plutôt subis qu'acceptés, et la remettre aux mains du cortège espagnol qui l'attendrait sur la frontière. Jeanne d'Albret vint jusqu'à Bordeaux avec son fils, au-devant de la jeune princesse, sa nièce à la mode de Bretagne et sa filleule, qu'elle aimait d*une affection toute maternelle. Tant que l'on fut en Guyenne, province française, le roi et la reine de Navarre lui donnèrent le pas sur eux; mais aussitôt que l'on fut entré dans leurs États> ils reprirent à leur tour cette primauté souveraine dont Jeanne tenait d'autant plus à faire acte formel, que certaines ambitions n'aspiraient qu'à l'en dépouiller* Il avait été dit que la remise de la princesse aurait heu SU1' la frontière du royaume de Navarre et de l'Espagne ; les commissaires de Philippe II prétendaient