‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 21 sur 140 · DEUXIEME PARTIE", 1555~îr;G · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE", 1555~îr;G

revêtu de sa qualité nouvelle , il rencontra la plus vive opposition. Ce fut en vain que, dans la ville d'Oleron, il voulut, selon l'usage, donner sa bénédiction au peuple ; des rires moqueurs lui répondirent. L'excommunication qu'il lança contre plusieurs hommes honorés de tous, notamment contre le respectable La Gaucherie, essuya le même accueil. Loin d'encourager ces manifestations populaires, la reine se conduisit avec sa modération et sa sagesse accoutumées. Elle reçut le cardinal avec les honneurs que réclamait son rang; mais, sans contester ses pouvoirs spirituels et la bulle qui les renfermait, elle sut adroitement en restreindre l'action, et fit même remettre en liberté le ministre BaiTan, arrêté par ordre du prélat. Des conférences que le cardinal d'Armagnac voulait établir entre Catholiques et Protestants n'auraient été qu'un élément de troubles et de haines; au lieu de les empêcher directement et de sa propre autorité, la reine chargea de ce soin les évêques d'Oléron et de Lescar qui, d'accord avec elle, favorisaient secrètement les doctrines réformées.

De même que l'Inquisition, un autre corps religieux, qui en était l'auxiUaire, soulevait une vive opposition dans les Etats de Jeanne d'Albret. Fondée depuis vingt ans à peine, la société des Jésuites avait déjà pris une très large extension. Son organisation savante et multiple embrassait tout ensemble l'éducation de la jeunesse, la prédication, la direction des consciences, les fonctions ecclésiastiques les plus intimes; elle permettait la fréquentation du monde et les rapports sociaux; elle donnait ainsi une action immense et universelle à cette espèce d'armée répandue partout, soumise à une aveugle et inflexible discipline, et dirigée par un

dévouement absolu au but qu'elle poursuivait, à la force qui la faisait mouvoir. Comme l'Inquisition, que l'Espagne s'était rendue propre en la reconstituant par les mains du trop fameux Torquemada, les Jésuites étaient une institution essentiellement espagnole. On regardait cette société religieuse et politique à la fois comme l'agente la plus active de la cour de Madrid. Sa doctrine se résumait dans ces mots : Un Dieu, ime foi, un roi. Et quel était ce roi, sinon le souverain dont les États avaient produit son fondateur Loyola, son chef en exercice Lainez et leurs principaux coopérateurs ?

Déjà établie en France, la société de Jésus n'entendait pas s'arrêter sur les frontières du petit royaume qu'elle enveloppait de toutes parts; mais son origine espagnole aurait seule suffi pour l'y rendre suspecte. Avec l'influence de l'Espagne on redoutait, chez les Jésuites, celle de Rome; car les griefs patriotiques toujours vivants associaient ces deux puissances l'une à l'autre. Sans cesse en éveil, Jeanne d'Albret défendit aux Jésuites tout établissement dans ses Etats, et ne leur permit d'y habiter qu'à titre d'individus et sous la loi commune.

Néanmoins, l'évêque de Pamiers, Robert de Pellevé, dévoué à l'Espagne et aux Guises, et ennemi connu de Jeanne d'Albret, appela dans sa ville épiscopale la société interdite pour y fonder un collège. Sur ce défi porté à l'autorité légitime, des commissaires royaux furent envoyés à Pamiers. Le conseil de ville se rassembla pour connaître de cette affaire. Il se livra au plus sérieux examen de l'esprit et des règlements de la société des Jésuites. Le résultat de ses délibérations fut que le collège existant à Pamiers était florissant et

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