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prospère sous les auspices et par les soins éclairés de la reine , et que rien n'appelait des fondations d'origine étrangère, qui ne pouvaient qu'être une cause de trouble et de dissensions. Tous se trouvèrent d'accord. Protestants et Catholiques. Un de ces derniers, nommé Rabonit, formula son opinion sous la forme naïve d'un apologue populaire. Il raconta la fable de l'Ane et des Chèvres. L'âne, dit-il, battu par le mauvais temps, vint implorer l'hospitalité des chèvi'es, ne demandant qu'à mettre un de ses pieds à l'abri sous leur toit. Cette humble demande obtenue, un pied suivit l'autre, puis ce fut la tête, puis tout le corps avec les quatre pieds, si bien que le nouvel hôte se rendit maître du logis et en chassa les propriétaires. « A l'application, » ajouta Rabonit pour conclusion, « je crains bien que ces bons » apôtres n'en fassent de même. »
Devant cette répulsion si caractérisée, devant cette union intime du trône et du peuple, les Jésuites durent renoncer provisoirement à pousser plus loin leur entreprise. Cependant la position était bien difficile pour le faible État que menaçaient à la fois trois grandes puissances. En butte à la triple hostilité de la France, de l'Espagne et de Rome, Jeanne se trouvait forcée, on le conçoit, de louvoyer devant la tempête. Elle s'imposait des précautions qu'elle jugeait encore nécessaires pour détourner les maux prêts à fondre sur ses sujets ; elle contenait les Réformés trop impatients , même les ministres, qui n'auraient voulu obéir qu'à leur zèle. Ces ménagements lui attiraient le blâme de quelques-uns, notamment celui de l'illustre Théodore de Bèze , le prédicateur ordinaire de la petite cour de Nérac, et qui accusait la reine de « se porter fort froidement » au
service de la religion ; mais Jeanne ne s'en croyait pas moins tenue à ces sacrifices, qui lui étaient pénibles sans doute. Ce fut ainsi que dans cette année 1560, elle envoya Pierre d'Albret, évêque de Gomminges, en ambassade auprès du pape Paul IV, afin de l'assurer de son obéissance et de ses bons sentiments. Par cet acte de déférence, elle voulait prévenir les vues de l'Espagne, et empêcher que Philippe II n'empruntât, comme l'avait fait son aïeul Ferdinand, les armes spirituelles de Rome pour consommer la spoliation commencée. Marc-Antoine Muret, le célèbre érudit à la conscience facile, poursuivi naguère comme hérétique, et devenu prélat romain, avait conservé avec la reine de Navarre des relations dont elle profita. Elle recourut à son crédit et à son talent; elle le prit pour auxiliaire et pour avocat près du saint-siége, mission qu'il remplit avec son éloquence accoutumée, et les coups que Jeanne redoutait furent suspendus pour quelque temps.
Mais l'Espagne avait d'autres alliés dans les Guises qui, de plus en plus forts, étaient les vrais souverains de la France. Ce fut contre leur domination, contre l'insolente tutelle où ils tenaient le roi, que se forma l'entreprise connue sous le nom de coîijuratïon d'Âmboise,
Comment échoua cette malheureuse tentative, nous n'avons pas à le raconter ici. La vengeance des Guises fut impitoyable. Les bourreaux en permanence convièrent la foule au spectacle varié des supplices, la hache et le gibet multiplièrent les victimes. La plus illustre qui fût vouée à la mort, c'était le prince de Gondé, l'âme véritable de la conjuration. Gomme son frère, il s'était allié à la Réforme, mais il y fut plus constant. Sous des dehors peu brillants ( « il étoit, » dit Brantôme,
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« de fort basse et petite taille»), il avait une âme ardente, des facultés énergiques, et bien plus qu'Antoine les qualités d'un chef de parti, sans les avoir toutes ; car il lui manquait aussi cet empire sur soi-même qui est d'un grand prix en politique comme en morale, et son rang de prince nuisit quelquefois chez lui à la fixité des vues et des résolutions. L'entreprise d'Amboise ayant été découverte, les deux princes de Bourbon furent mandés à Orléans, où le roi s'était rendu pour les États généraux. En vain leurs amis s'efforcèrent de les retenir ; en vain des lettres de la cour les avertissaient du danger ; ils passèrent outre, et, à peine arrivés, ils furent arrêtés tous les deux. Mis en jugement, Gondé fut condamné à la peine capitale. Les instances du chanceUer de L'Hôpital firent seules différer l'exécution de la sentence. Antoine s'était bien moins avancé dans la conjuration, et il crut se sauver par des protestations et des plaintes. Mais, quoique les Guises fussent loin de le redouter autant que son frère, il était toujours pour eux, comme chef de la maison de Bourbon, un obstacle qu'ils voulaient anéantir. Sa qualité de roi empêchait de le traduire devant la cour qui avait condamné le prince de Condé, ou bien, vu l'insuffisance des charges, on n'espérait pas obtenir d'elle, contre lui, un arrêt de mort. Ce fut à un assassinat que les Guises résolurent de recourir. De concert avec le maréchal de Saint-André, ils arrangèrent le plus odieux guet-apens. Il fut convenu que le roi, feignant d'être malade, manderait Antoine dans sa chambre; que le jeune monarque, instrument de ce complot infâme, l'accueillerait avec des paroles violentes et de nature à en provoquer de pareilles ; qu'alors il tirerait une dague cachée sous
la robe de chambre dont il serait enveloppé, qu'il en frapperait Antoine ; qu'à ce signal des hommes embusqués derrière les tapisseries, entreraient aussitôt, se jetteraient sur le roi de Navarre, et le feraient tomber sous des coups plus certains, comme si François luimême était en danger.
Antoine fut avertit de cet abominable complot par la duchesse de Montpensier, à qui en avait parlé la reinemère, instruite de tout par son fils. On prétendait que la duchesse était favorable à la Réforme, et cependant elle avait gagné la confiance de Catherine, qui probablement avait vu quelque profit à tirer de son esprit et de ses lumières. La duchesse aurait même, dit-on, servi en cette occasion d'intermédiaire à la reine-mère, jalouse de la puissance des princes lorrains. Ainsi prévenu, Antoine, quand il fut appelé chez le roi, s'excusa d'abord d'obéir. Sur un nouvel ordre, il se décida. Pour un moment, il se retrouva tel qu'on l'avait vu dans les combats; l'excès même du danger lui inspira un mouvement magnanime. Avant d'entrer, il s'adressa à Renty, son capitaine des gardes, qui avait été nourri d'enfance avec lui : « Mon ami, » lui dit-il, « je m'en » vais au lieu où l'on a conjuré ma mort.... Je vous » prie que, si je meurs, vous recouvriez la chemise que » j'ai sur moi, et la portiez toute sanglante à ma femme n et à mon fils, et conjurez ma dite femme, par la » grande amour qu'elle m'a toujours portée et pour » son devoir, puisque mon fils n'est pas encore en âge » de pouvoir venger ma mort, qu'elle envoie ladite » chemise percée et ensanglantée aux princes étrangers » et chrétiens pour venger ma mort. »
Antoine entre ensuite dans la chambre rovale, dont