DEUXIEME PARTIE, !rio5-IoG
la porte est refermée aussitôt par le cardinal de Lorraine. François II, jouant le rôle qu'on lui a dicté, reproche amèrement à l'époux de Jeanne d'Albret l'attitude souveraine qu'elle et lui ont tenue lors du passage de la princesse Elisabeth dans leurs États. Supérieur à lui-même en cette circonstance, Antoine conserva tout son sang-froid ; et au lieu de donner par une réplique trop vive, le prétexte attendu, il répond avec une modération et une convenance qui font tomber cette colère factice suggérée au jeune roi. François II, revenant à son naturel, qui était doux et inoffensif, ne trouve plus que des paroles amicales. Antoine se retire sain et sauf, tandis que les Guises et le maréchal de Saint-André qui se tenaient dans une pièce voisine, en sortent furieux de voir cette noire machination avorter. Le duc et le cardinal allèrent jusqu'à s'écrier dans leur colère : «Voilà le cœur le plus poltron qui fut jamais ! » Les Guises auraient cru leur victoire incomplète s'ils n'avaijsnt écrasé la reine de Navarre, bien plus à craindre pour eux que son mari. Le maréchal de Thermes, qui commandait en Poitou, avait ordre de s'avancer vers le midi, de donner la main aux troupes espagnoles qui entreraient en France par Bayonne, et de fondre avec elles sur les États de Jeanne, que se partageraient les deux puissances alliées. Mais, grâce à des amis dévoués ou à d'habiles agents, ce plan était connu de la reine, qui savait également cacher ses desseins et pénétrer ceux de ses ennemis. D'un côté, elle charge Dumesnil, intrépide et loyal gentilhomme, de combattre le maréchal de Thermes ; de l'autre, elle se prépare à lutter contre les Espagnols. « Voyant donc, » raconte Théodore de Bèse, « que la fiance qu'elle avoit eue aux
hommes étoit perdue et que tout secours humain lui défailloit, étant touchée de l'amour de Dieu, elle y eust recours, avec toute humJlité, pleurs et larmes, comme à son seul refuge, protestant d'observer ses commandements, de sorte qu'au temps de sa plus grande tribulation elle feit publique profession de la pure doctrine, estant fortifiée par François Le Guay, autrement Boisnormand, et N. Henri, fidèles ministres de la Parole de Dieu. )> Elle se renferma avec ses enfants dans Navarreins, la plus forte place du Béarn, résolue à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité ; mais le plan d'invasion, connu et déconcerté, n'eut pas d'autres suites.
Cependant, Antoine de Bourbon restait toujours sous la main des Guises, réservé à une prison perpétuelle. Quant au prince de Condé, sa noble femme s'était vainement jetée aux pieds du roi, docile, cette fois, à la leçon qui lui était dictée. L'échafaud allait se dresser, lorsque François II fut enlevé, le 5 décembre 1560, par une maladie de quelques jours, avant d'avoir accompli sa dix-septième année.
A François II, légalement majeur, mais roi seulement de nom, succédait son frère Charles IX qui n'avait que dix ans. Cette fois, l'âge du souverain rendait nécessaire une régence véritable et reconnue. La face des affaires changeait tout à coup, et le premier effet de ce revirement était d'arracher les deux princes de Bourbon, l'un à la prison, l'autre à la mort. Catherine de Médicis, dans sa jalousie contre les Guises, chercha un point d'appui chez les princes qu'ils avaient proscrits. Elle connaissait la faiblesse du roi de Navarre; en lui faisant conférer le pouvoir, ce serait elle, en réalité, qui gouvernerait. Antoine accepta ses propositions, et