‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 25 sur 140 · DEUXIEME PARTIE, ioD5-lo6f · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE, ioD5-lo6f

A cet entourage, il faut joindre un médecin calabrais, nommé Vincent Lauro, instrument dévoué que dirigeait Lainez, le général des Jésuites; cet homme servait l'Espagne auprès du roi de Navarre sous le masque de la religion, et en faisant valoir surtout les intérêts du salut éternel.

Par l'entremise de ces agents, l'envoyé d'Espagne sut circonvenir d'avance Antoine et le disposer à écouter les vaines propositions de Philippe 11. Qu'Anloine abandonnât la cause protestante; qu'il se déclarât le défenseur de la foi catholique; qu'il renonçât à toute revendication de la Haute-Navarre, et en échange d'un droit devenu illusoire, Philippe II lui offrait la souvf^raineté effective de la Sardaigne. On étalait aux yeux d'Antoine les peintures les plus séduisantes de cette île; c'était, lui assurait-on, une terre féconde et bénie, que des bosquets de citronniers et d'orangers embaumaient de leurs doux parfums, un séjour de délices et de voluptés, en même temps qu'une possession bien préférable, par son importance, aux domaines que la maison d' A Ibret avait perdus. Tilles nombreuses, fortes et florissantes, ports magnifiques, une position enfin d'où Antoine, soutenu par les forces de la France, de l'Espagne et de Rome, pourrait s'élancer sur les côtes africaines, atin de s'y créer un vaste empire : tel était ce fabuleux tableau pompeusement commenté par les affidés de l'Espagne et pour lequel se passionna son étrange crédulité. Or, dans le même temps où l'ambassadeur de Philippe II l'entourait de flatteries et de caresses, il le traitait du ton le plus méprisant dans sa correspondance avec son souverain . sous sa plume, le roi et la reine de Navarre n'avaient d'autre titre que Monsieur et Madame de

Vendôme, et leur fils était appelé le petit Vendômet.

A ces promesses dont l'Espagne berçait le roi de Navarre, ses favoris ajoutaient une perspective encore plus belle. Les frères de François II étaient, lui disaient-ils, également débiles de corps, sujets à des maladies qui ne laissaient espérer pour eux ni une longue carrière, ni une postérité qui leur succédât. Alors, c'était le chef de la maison de Bourbon qui hériterait du trône de France; mais pour qu'il fût accepté par la nation, la condition indispensable était son retour à la foi catholique.

Pour faire réussir ces négociations et réaliser le fantastique avenir qu'elles promettaient, on recommandait à Antoine le secret le plus absolu avec la reine, qui, autrement, ajoutait-on, ne manquerait pas d'y apporter des obstacles. Mais ce n'était pas tout, et dans l'odieuse intrigue dirigée contre Jeanne, il ne s'agissait de rien moins que de la faire répudier, de briser des nœuds autrefois formés sous les auspices d'un amour mutuel. Pour amener Antoine à cette suprême indignité, on l'attaquait par un double genre de séduction. Devenu libre, il ne tiendrait qu'à lui d'épouser une des plus belles princesses de l'Europe, la jeune veuve de François II, la nièce des Guises, cette Marie Stuart qui venait de quitter la France (août 1561) en soupirant des regrets si douloureux. Avec la main de Marie Stuart, le roi de Navarre obtiendrait une couronne de plus, la couronne d'Ecosse, et même celle d'Angleterre, si l'hérétique Elisabeth tombait sous la bulle d'excommunication que le pape était prêt à lancer contre elle.

Mais pour qu'Antoine reprît sa liberté, pour qu'il se séparât d'une princesse honorée^ et respectée de TEu-

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