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romaine, pourrait reprendre quelque empire sur son mari. Alléguant l'intérêt de Jeanne, celui de son fils, qu'elle exposait à perdre l'héritage de ses pères en s'obstinant à provoquer les foudres de Rome, Catherine engagea la reine de Navarre, dans les termes les plus pressants, à faire au culte catholique cette concession de quelques pratiques extérieures, exigée par Antoine. La princesse qui, quelques années plus tard, sur la fausse nouvelle (lue les Protestants étaient complètement vainqueurs à Dreux, répondit tranquillement : « Eh bien ! nous prierons Dieu en français, » cette princesse ne se fût certainement pas refusée à la complaisance qu'elle sollicitait de Jeanne d'Albret ; mais, en la jugeant d'après elle-même, elle s'était singulièrement trompée. La résolution capitale que Jeanne avait prise était de celles qu'un caractère comme le sien ne dément pas ; elle avait prévu tous les dangers ; elle les acceptait tous. La bannière de sa croyance une fois levée, elle était déterminée, quoi qu'il en résultât, à ne l'abaisser jamais. « — Madame, » répondit-elle avec une énergique fierté, « Madame, si j'avais mon » fils et tous les royaumes du monde dans la main, je » les jetterais tous au fond de la mer plutôt que de » perdre mon salut. »>
Dès ce moment, tandis que les Calvinistes flétrissaient Antoine du surnom de Julien l'Apostat, et accumulaient sur lui toutes les expressions et toutes les formes de la dérision et du mépris, ce fut sa femme et son frère, ce fut Jeanne d'Albret et le prince de Condé, soutenus des Châtillons, qu'ils saluèrent comme les têtes de leur Église. Jeanne connaissait la mère de Charles ÎIX ; elle savait comment cette femme sans
scrupules avait achevé de lui enleAcr son mari, dont elle s'efforçait, par un nouveau calcul, de la rapprocher; cependant, surmontant ses répugnances personnelleSj immolant ses ressentiments de femme à l'avantage de son parti, elle lui offrit de bonne foi une alliance où l'intérêt politique de Catherine semblait assez fort pour la retenir. Elle lui conseilla de s'appuyer résolument sur le parti protestant, ou, pour mieux dire, sur tous ceux, Catholiques ou Calvinistes, qui voulaient abattre la domination des Guises, et déployer le drapeau français contre l'ambition espagnole. Catherine goûta cet avis, car, par-dessus tout, elle voyait dans le Triumvirat, auquel Antoine de Bourbon s'était rallié, la puissance à craindre et à combattre, et ce n'était pas sans raison.
Par M"« Du Rouet, à qui le roi de Navarre ne cachait rien, Catherine était instruite de tout ce qui se passait entre Guise et ses associés. C'était dans une pièce de l'appartement d'Antoine, au Louvre, que se tenaient leurs conciliabules. La reine-mère voulut entendre elle-même ce qui s'y disait. Dans le plancher d'une chambre située au-dessus de celle où le Triumvirat se réunissait, elle fit percer, te ut près du mur, derrière la tapisserie, des trous que l'on ne pouvait apercevoir; et au moyen d'une sarbacane appliquée à son oreille, elle ne perdit pas un mot de la délibération. Il ne s'agissait de rien moins que de la dépouiller de tout pouvoir, de la renfermer dans un monastère ou de la renvoyer en Italie. Le maréchal de Saint-André, homme capable de tous les crimes, alla jusqu'à proposer de la lier dans un sac et de la jeter à la rivière. Ce projet fut combattu par le roi de Navarre. Mais ce que Catherine
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avait entendu était bien de nature à lui faire chercher du secours partout où il lui était possible d'en attendre. Aussi invoqua-t-elle, dans les termes les plus afTectueux, la sauvegarde du prince de Gondé, à qui elle écrivait : « Je vous recommande la mère et les )) enfants. »
Le Colloque de Poissy (septembre 1561), entre les théologiens catholiques et les docteurs protestants, n'avait été qu'un de ces tournois de paroles, d'où les deux partis ne sortent que plus attachés à leurs opinions. Mais redit de janvier 1562, dû aux sages inspirations du chancelier de L'Hôpital, venait de donner aux Calvinistes, pour l'exercice de leur reUgion, une liberté qui était un grand progrès, malgré les restrictions auxquelles elle était soumise. Ce fut dans ces circonstances, le l^r mars suivant, qu'un sinistre événement ouvrit pour la France une si longue carrière de luttes et de malheurs.
Sur la foi de l'édit, environ douze cents Protestants, hommes et fenlmes, célébraient leur culte dans une grange, à Vassy, en Champagne. Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, allant de Joinville à Paris, passaient, bien escortés, par cette petite ville. Leurs gens s'en vinrent, avec des cris de haine et de mort, assaillir la paisible assemblée. Ils commencèrent par abattre sous leurs coups trois malheureux qui étaient au dehors, et firent feu de leurs arquebuses sur ceux qui se montrèrent aux fenêtres. Quelques-uns étant sortis, essayèrent de se défendre avec des pierres, armes bien impuissantes, mais dont Tune atteignit au visage le duc de Guise, qui était accouru sur le lieu du tumulte. Le coup, quoique sans aucune gravité, fit couler son
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sang. A cette vue, la furear de ses gens redoubla, et ce fut une vraie tue^rie. Il y eut soixante morts, outre deux cents blessés. Les laquais des Guises ramassèrent et vendirent les dépouilles des victimes, comme le butin d'un combat.
Pendant que le sang coulait, le duc se promenait sur la place, mordant sa barbe, ce qui indiquait chez lui une colère concentrée. Ayant mandé le juge du lieu, il lui reprocha d'avoir souffert le prêche, et le magistrat alléguant l'édit de janvier : « L'édit de janvier! » répondit Guise la main sur la garde de son épée, « le tran- » chant de ce fer coupera bientôt cet édit si étroitement » lié. » Le lendemain, comme on lui annonça que les Huguenots de Vassy allaient porter plainte devant le roi : « Qu'ils y aillent, » dit-il, « ils n'y trouveront ni leur » amiral ni leur chancelier. » Ainsi, cette demi-liberté, qui n'était aux yeux des Protestants que la pierre d'attente d'une reconnaissance complète de leurs droits, leurs ennemis la repoussaient absolument, associant ensemble le Catholicisme tolérant de L'Hôpital et le Calvinisme de Coligny. Un autre détail montre combien, chez le chef militaire du parti ultra catholique, l'ignorance était profonde. Pendant le massacre , on lui avait apporté la Bible du prêche : « Tenez, » dit-il à son frère, « voyez les titres de ces hvres des Huguenots. » Le cardinal ne put faire autrement que de dire que c'était la Sainte-Ecriture, et qu'il n'y avait pas de mal en cela : « Comment! Sang-D...! » repartit le duc, « la » Sainte-Ecriture! Il y a quinze cents ans et plus qu'elle )) est faite, et il n'y a pas un an que ces livres sont im- » primés ! » Le récit fidèle de la boucherie de Vassy disculpe le duc de Guise de l'avoir ordonnée, mais il