‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 31 sur 140 · DEUXIEME PARTIE, ifôS-lSGa · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE, ifôS-lSGa

imporlantes. Il paraît que Jeanne avait été prévenue du dessein de son mari. Elle ne s'arrêta pas à Vendôme, et quand ses ennemis l'y croyaient encore, elle avait déjà gagné Ghâtellerault . Elle arriva le 22 juillet à Caumont, en Guyenne, chez le seigneur de Caumont de La Force, une des grandes familles qui avaient embrassé la Réforme avec le plus de ferveur. A Caumont, la reine de Navarre tomba malade. Elle y était menacée par le féroce Montluc, dont les atrocités sont racontées dans ses propres Mémoires avec un sang-froid, une quiétude, une satisfaction qui épouvantent la conscience humaine. Pour lui échapper, Jeanne partit de Caumont sans attendre son complet rétablissement. Elle avait prévenu les fidèles Béarnais des dangers qu'elle courait. Les seigneurs d'Audaux et de Durfort de Duras se portèrent en toute hâte à sa rencontre avec huit cents hommes de cavalerie. Elle arriva enfin en Béarn. Elle y fut accueillie avec un enthousiasme que doublait encore l'indignation générale soulevée contre l'époux traître envers sa femme, contre le prince traître envers ses sujets.

La reine de Navarre n'avait pu, à sa grande douleur, ramener son fils avec elle. Antoine, armé de la puissance paternelle, et Catherine de Médicis dans les vues de sa politique, l'avaient retenu auprès d'eux. Pour toute grâce, il avait été permis à Jeanne de le laisser sous la direction de son vertueux précepteur La Gaucherie. Au moins sa fille lui restait, pour sa consolation et sa joie. Elle avait d'ailleurs une autre famille, c'était son peuple ; alors que les ravages d'une affreuse guerre s'étendaient dans pres<jue toute la France, elle sut en préserver ses États. Sans dissimuler son zèle pour la

Réforme, et en lui donnant les églises et les monastères demeurés sans emploi, elle continuait de laisser aux Catholiques une juste liberté. Seulement, elle se montrait décidée à ne tolérer aucune désobéissance, à punir sévèrement toute tentative de trouble et de révolte. Un seigneur catholique, La Motte-Gondrin, lui ayant cité, en matière de religion, le royaume de France comme un exemple qu'elle était tenue de suivre : « Je suis reine aussi, » dit la princesse. — « Quelle comparaison faites- vous là, Madame? » osa répondre ce seigneur; « je franchirais votre royaume en un » cloche-pied. — Eh! bien, sortez-en tout à Theure, » répondit Jeanne à cet insolent propos, dédaignant de punir autrement une injure qui ne s'adressait qu'à elle. De concert avec le maréchal de Burie, catholique sincère cependant, elle parvint aussi, dabord, à suspendre l'explosion de la guerre en Guyenne, à y contenir les deux partis opposés ; mais elle ne pouvait avoir sur cette province qu'une action indirecte, et quand Montluc y eut été investi, en 1564, des pouvoirs de lieutenant général, il ne connut plus de bornes à sa barbarie. Des Espagnols, des banduliers, espèces de routiers des frontières pyrénéennes, qui ne vivaient que de brigandages, accoururent comme des vautours qui s'abattent sur une proie, et fournirent à Montluc des auxiliaires qui surpassèrent, si cela fut possible, sa propre férocité.

Par l'acte d'association (|ui les unissait, les chefs calvinistes s'étaient engagés à faire régner la discipline parmi leurs troupes , à prévenir tout excès , toute violence, tout pillage, et d'abord ils y réussirent. Mais bientôt il fut im[.ossible de contenir des hommes enflammés par une persécution de quarante ans, yjar les

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