‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 32 sur 140 · DEUXIEME PARTIE, 1o5d · texte numérisé non relu

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récents massacres, par l'exaltation religieuse qui leur faisait considérer comme un acte méritoire la destruction de tout ce qu'ils regardaient comme des monuments d'idolâtrie. Les premiers chrétiens agissaient ainsi avec les images des dieux du paganisme, et les soldats calvinistes invoquaient cet exemple, en brûlant, en brisant partout les tableaux et les statues de saints. Dans les villes dont ils s'emparèrent, les églises furent mises à sac, les trésors que dix siècles y avaient accumulés devinrent la proie des vainqueurs; non pas, néanmoins, en totalité, car une portion fut enlevée par le clergé, et tout ce qui fut ainsi soustrait à des mains profanes ne fut pas rapporté fidèlement. Des ecclésiastiques, des évêques même encoururent à ce sujet de graves accusations; suivant Texpression d'une plume catholique, « l'ÉgUse était dépouillée par ses ennemis » et par ses enfants. » Les arts déplorent avec raison la perte ou la mutilation des monuments qui subirent les coups de cette réaction furieuse. Condé, Cohgny, les principaux chefs, jaloux de tenir leur engagement, s'efforçaient, mais en vain, de réprimer ces violences. Au sac de l'église Sainte-Croix d'Orléans, le prince et l'amiral étaient accourus pour arrêter ce déplorable abus de la victoire. Voyant un soldat qui, monté sur une échelle, s'acharnait contre une figure de saint, Condé alla jusqu'à diriger sur cet homme le bout d'une arquebuse : « Monseigneur, » lui cria le Huguenot sans quitter son œuvre, « ayez patience que j'aie abattu » cette idole, et puis que je meure après, s'il vous » plaît. » En apprenant ces excès, la reine de Navarre témoigna lindignation la plus vive; elle écrivit en termes énergiques à Théodore de Bèze pour qu'ils

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fussent rigoureusement réprimés et punis. Théodore de Bèze lui répondit que telle était l'intention du prince de Gondé; malheureusement, on vient de voir si son autorité était toujours efficace.

Jeanne avait échappé aux embûches qui lui étaient dressées sur sa route ; mais Ihostilité de son mari allait la poursuivre jusque dans les États dont son amour l'avait fait roi. A l'instigation des Guises, il envoya en Béarn son secrétaire, nommé Boulogne, pour annuler les mesures prises par Jeanne, enlever aux Protestants la liberté religieuse qu'elle laissait aux Catholiques, et même expulser du pays tous les Calvinistes qui, après un certain délai, persisteraient dans leur croyance. Ces ordres devaient être notifiés au Conseil souverain de Pau, et, en cas de besoin, exécutés par la force. Mais la mission de Boulogne était connue de la reine avant qu'il fût arrivé. Au moment où il mit le pied sur le territoire béarnais, il fut arrêté, mis en lieu sûr, et ses instructions furent saisies. Jeanne ne recula pas devant cette mesure nécessaire, « usant, » dit-elle, « de la puissance que Dieu m'avoit donnée sur mes sujets, et laquelle j'avois cédée à mon mari, pour l'obéissance que Dieu commande de leur porter (aux maris); mais quand je vis qu'il y alloit de la gloire de mon Dieu et du salut de mes peuples, j'usai de mes droits. »

Et cependant, en même temps que la reine déployait contre le mauvais vouloir de son mari, et pour le bien de son peuple, une indispensable fermeté, elle témoignait encore que tous les genres de torts navaient pu éteindre dans son cœur un dernier sentiment d'intérêt pour lui. Anne d'Est, duchesse de Guise, était pour elle

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