DEUXIEME PARTIE, ISSo-lLCS
ques épitaphes. Des bruits coururent que le coup qui l'atteignit ne serait pas parti des remparts de Rouen. En le quittant, Jeanne était frappée de l'idée qu'elle ne le reverrait pas ; elle savait de quoi Catherine de Médicis et sa cour étaient capables. Cependant, un détail assez connu sur le moment où Antoine fut blessé, sur la circonstance qui pouvait lui faire tourner le dos à la ville, détail indiqué dans une épigramme que nous ne citerons pas, expliquerait peut-être comment il fut atteint par demère. Un crime de plus serait peu, ajouté à tous les forfaits de ce temps ; mais on ne voit pas — c'est la meilleure raison d'en douter — un motif suffisant pour celui-ci. Le caractère politique du roi de Navarre était fait pour inspirer le mépris bien plus que la crainte, et il était de ces hommes dont on peut toujours espérer de se servir.
Une seule personne pleura Antoine de Bourbon et le pleura sincèrement; ce fut celle qui avait le plus à se plaindre de lui, ce fut la femme vertueuse et magnanime qu'il avait fini, après l'avoir affligée si cruellement, par poursuivre en ennemi déclaré. Les lettres où Jeanne parle à ses amis de la mort de son mari sont au nombre de celles qui montrent le mieux l'élévation de son âme. Oubliant les désordres qu'Antoine avait prolongés avec une persistance si fatale, et cette hostilité ouverte, ces attaques dont elle avait dû, en dernier heu, défendre son pouvoir de reine, elle ne vit plus en lui que l'homme qui avait eu son amour, que le père de ses enfants. Elle put au moins se dire qu'un rayon de lumière l'avait éclairé, quoique bien tard, et avait ramené sa pensée vers elle : faible satisfaction du cœur, mêlée à tant de souvenirs amers!
itt HISTOIRE DE JE A^^E DALBRET.