‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 35 sur 140 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

DEPUIS LA MORT D ANTOINE DE BOURBON JUSQU A LA TROISIÈME GUERRE CIVILE.

Nous abordons, dans la vie de Jeanne d'Albret, une période nouvelle, et la plus importante. Nous l'avons vue d'abord annonçant déjà, du vivant de son père, quelques-unes des grandes qualités qu'elle devait déployer; puis, après la mort de Henri d'Albret, quand elle eut ceint la couronne, quand la duchesse de Vendôme fut devenue la reine de Navarre, elle nous est apparue dans l'exercice d'une souveraineté à laquelle était associé un époux, mais gardant toujours le premier rang plus encore par son caractère que par les constitutions de son royaume. Maintenant la voici veuve et régnant seule. Si elle a eu jusqu'à ce moment de grandes difficultés à vaincre, des orages plus terribles

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encore vont Tassai Uir, et soumettre aux dernières épreuves son courage et son génie.

Lorsque Jeanne perdit son mari, elle n'avait pas encore trente-cinq ans, et, comme sa mère, veuve aussi à peu près à cet âge, elle vit bien des prétendants se disputer sa main. Mais quand Marguerite de Valois se remaria, elle n'avait pas d'enfants. Jeanne en avait deux : un fils de neuf ans, une fille de cinq ans. Avec ses devoirs de reine, son affection maternelle suffisait pour remplir sa vie, et sa résolution fut prise tout d'abord de ne jamais former d'autre lien (1).

Par le droit public de Navarre, Jeanne, quoique veuve et ayant un fils, n'en demeurait pas moins souveraine régnante, et ce fut seulement après elle que le prince de Béarn ou de Navarre (Henri de Bourbon fut désigné par l'un ou par l'autre titre) prit la qualité de roi. Pour le temps de sa minorité, sa mère nomma le vicomte de Rohan lieutenant général du royaume. Le vicomte de Roban était fils d'Elisabeth d'Albret, sœur de Henri d'Albret, le feu roi, et, par conséquent, il était cousin germain de Jeanne. Il avait embrassé la religion réformée, pour laquelle son zèle redoubla « par opiniâtreté, n dit Le Laboureur, « et par dépit de ce qu'Antoine, roi de Navarre, maltraitoit la reine sa femme et s'étoit déclaré contre ceux de la même opinion. » Jeanne ne s'abusa pas dans son choix; le vicomte de Rohan fut constamment pour elle et pour son fils un fidèle et dévoué soutien.

En ce qui touchait la religion, Jeanne n'avait qu'à continuer la route où elle s'était invariablement en-

(1) Voir la note à la fin du volume.

liO HISTOIHE DE JEANNE DALBUET.

gagée. Le 7 janvier 1563, elle écrivit aux seigneurs de Genève pour les prier de lui envoyer « d'excellents personnages qui, avec Tintégrité de la religion, piété et bonnes mœurs, soient aussi doués de savoir, expérience et conduite pour le conseil, l'administration de la justice et la police des églises. » C'était surtout le ministre Merlin , fameux entre tous ses collègues, que Jeanne désirait obtenir. Le conseil de Genève était peu disposé à se priver d'un pasteur aussi distingué par son mérite; il céda cependant aux instances de Jeanne et aux démarches de Sponde, son secrétaire intime, chargé de cette négociation. Le zèle calviniste de la reine faisait murmurer le clergé catholique dont les dérèglements scandaleux le favorisaient puissamment. Quelques-uns de ses membres se rassuraient en disant que c'était « vraies boutades féminines qui disparoîtroient comme les ténèbres à l'approche du soleil. » Ils connaissaient peu le caractère de leur souveraine. A rassemblée des États, qui fut convoquée à Pau, dans ce temps, les Catholiques présentèrent des remontrances. Jeanne y prêta une sérieuse attention; elle déclara qu'elle a « donné à chacun la liberté de servir Dieu selon les lumières de sa conscience; » mais elle maintint ses dispositions, entre autres celle qui regardait les biens d'église, intérêt temporel auquel le clergé était (il le fit bien voir) beaucoup plus attaché qu'à la foi.

Des revers continuaient de succéder, pour les Calvinistes, à leurs premiers et rapides succès. Il leur était venu quelques renforts d'Allemagne; mais l'armée royale avait dans ses rangs des Suisses catholiques et de l'infanterie espagnole; car Philippe II intervenait

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