‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 36 sur 140 · TROISIEME PARTIE lo62-i:i · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE lo62-i:i

dans les affaires de France non-seulement par sa politique, mais encore par ses soldats. Le 19 décembre 1562, avait été livrée la bataille de Dreux, où les Protestants durent céder le terrain après des chances diverses. Le château de 3Iontargis, domaine et résidence de Madame Renée de France, duchesse douairière de Ferrare, se trouvait au milieu du théâtre de la guerre. Beaucoup de Religionnaires, hommes, femmes et enfants, y avaient reçu l'hospitalité la plus généreuse. Le duc de Guise, gendre de la princesse, lui fit demander inutilement de livrer ses hôtes. Un officier, de Souches-Malicorne, envoyé avec quatre compagnies de cavalerie, apporta une sommation, appuyée de la menace de faire amener du canon pour battre les murs. Cette brutale menace n'eflraya pas la noble châtelaine : « Ad visez bien, » répondit -elle, « à ce que vous ferez; » sachez que personne n'a droit de me commander que » le roi lui-même, et que si vous en venez le, je me )) mettrai la première sur la brèche, où j'essaierai si » vous avez faudace de tuer la fihe d'un roi, dont le » ciel et la terre seroient obligés de venger la mort sur » vous et sur toute votre lignée, jusqu'aux enfants au » berceau. » Devant ces fières paroles, la menace s'arrêta. Madame Renée, on le voit, était pour Jeanne d'Albret une digne sœur en courage comme en croyance (1). Quoique gagnée par les Cathohques, la bataille de Dreux n'avait eu aucun résultat décisif. Préoccupé

(1) Renée de France persévéra dans la même ligne jusqu'à la fin de sa vie. Elle mourut le 12 juin 1575, dans sa soixante-cinquième année, laissant après elle le souvenir de ses vertus et des bienfaits dont la ville de Montargis lui fut redevable.

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des intrigues de Catherine de Médicis, Guise avait répondu à ceux qui le sollicitaient de poursuivre l'armée calviniste en retraite : « Laissez, laissez, j'ai à » combattre une plus mauvaise bête que tous les » Huguenots ensemble. » Quelques semaines après (18 février 1563), comme il préparait l'assaut d'Orléans, défendu par d'Andelot avec une rare valeur, il tomba victime d'un de ces actes fanatiques pour lesquels aucun honnête homme n'a d'excuse. La perte du duc de Guise était la plus grande que pût faire son parti. A Dreux, avait été tué un autre membre du Triumvirat, le maréchal de Saint- André. Le connétable de Montmorency y avait été fait prisonnier, comme le prince de Condé du côté des Huguenots. Après cette bataille, Coligny, général éminemment fécond en ressources pour réparer un ér^hec, s'était porté dans la Normandie, où toutes les places tombaient devant lui. On parla de paix, et le 12 mars 1563, fut rendu à Amboise un édit de pacification qui n'accordait cependant aux Réformés qu'une tolérance encore plus restreinte que celle dont ils jouissaient avant la guerre. Les nobles seuls dans leurs châteaux, et les Rehgionnaires habitant une ville de bailliage, pouvaient tenir des prêches : les autres étaient réduits au culte domestique.

Mais c'était toujours beaucoup trop pour ceux qui voulaient l'extermination entière de Thérésie. Dans ce but se forma une association qui prit le nom de Fraternité des Catholiques, et qui n'était autre chose que la Ligue au berceau, cette Ligue par laquelle l'État et la Couronne furent près de périr. D'accord avec les cours de Rome et d^Espagne, le cardinal de Lorraine était en France l'âme de cette ténébreuse conjuration.

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