TROISIEME PARTIE
Le projet eu fut formé au concile de Trente, réuni depuis 1545, et qui siégea jusqu'en cette année 1563, où nous sommes arrivés. A cet égard, il suffit de consulter les documents contemporains, entre autres les Mémoires du maréchal de Tavannes et le Journal de L' Estoile. Tavannes, qui avait l'important gouvernement de la Bourgogne, fut un des principaux membres de cette association, et l'on trouve dans ses Mémoires le texte de rengagement qui la constituait. Il n'y était stipulé, il est vrai, qu'une action défensive en faveur de la foi catholique contre les dangers qui la menaceraient de la part de Ihérésie. action pour laquelle les affiliés s'obligeaient à se munir d'armes et de chevaux; mais on juge aisément ce que devait devenir cette force extralégale sous la main de l'ambition et du fanatisme. Les événements, surtout la Saint-Barthélémy, où le rôle de Tavannes est assez connu, témoignent trop bien comment cette action défensive fut comprise et mise en œuvre (1).
(1) Les Mémoires de Tavannes, ou plutôt sa Vie, car le récit est toujours à la troisième personne, et ils ont été écrits par son second fils, Jean de Saulx-Tavanues, furent imprimés d'abord sans être mis en vente, puis publiés à Lyon, en 1657 : ils ont été reproduits en trois volumes in-S» dans la collection des Mémoires relatifs à l'Histoire de France, dirigée par Petitot. Plusieurs auteurs les ont confondus à tort avec les Mémoires qu'a laissés le fils aîné du maréchal, Guillaume de Saulx-Tavannes, — Voici comment, dans le premier de ces deux ouvrages, il est parlé de l'origine de la Ligue : M Auquel effect le cardinal (de Lorraine) offrit ses neveux, parents et amis, ce qu'accepté et agréé dès lors du pape, le dict cardinal, de retour en France, y persuada ses amis... Néanmoins, il est certain que toute la Ligue faicte en France depuis, commencée par Messieurs de Guise aux années 1587 et 1588, a sa source et origine du concile de
I4i. HISTOIRE DE JEANNE D'ALBRET.
Avec Tavamies, on comptait au premier rang des affiliés, le duc de Nevers, gouverneur de la Champagne; Damville, second tils du connétable de Montmorency et lieutenant général en Languedoc, et le cardinal d'Armagnac, devenu archevêque de Toulouse. Avec les Huguenots, plusieurs Catholiques étaient enveloppés dans la proscription, à titre de modérés ou d'adversaires des Guises. Ils étaient qualifiés de suspects, désignation qui devait se reproduire plus de deux siècles après, dans une époque où un esprit bien différent était destiné à enfanter des fureurs et des calamités pareilles. L'un de ces suspects était L'Hôpital, que les proscripteurs appelaient le traître chancelier, et le connétable de Montmorency, qu'ils nommaient le mauvais riche. Certes, on ne pouvait lui reprocher des vues trop élevées et trop tolérantes en matière de religion ; mais, quoiqu'il eût fait partie du Triumvirat avec le duc de Guise, il n'était pas suffisamment dévoué à la maison de Lorraine, et aucun titre ne rachetait ce crime. La proscription de Montmorency fait penser que son fils Damville n'était pas dans tous les secrets de l'association à laquelle il
Trente, ayant suivi le chemin que le cardinal de Lorraine avait tracé plus licencieusement, comme il est croyable, d'autant qu'estant faicte contre les hérétiques, elle s'étendit à vouloir forcer le roi de leur faire la guerre. » Maintenant, voici comment s'exprime L'Estoile sur le même sujet: «La Ligue, vieux serpent coupé trois fois par le destin de l'État... en apparence, la chose du monde la plus sainte, mais en vérité la plus malicieuse... ouvrage du cardinal de Lorraine au concile de Trente, suspendue par la mort du duc de Guise, et renouée quand Henri de Lorraine fut en âge; interrompue une seconde fois par sa mort ; renouée encore une fois par l'Espagne, et enfin, étouffée par Henri IV. »