‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 41 sur 140 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

remède à l'inexécution des édils, aux plaies de toute sorte qui rongeaient l'État, et à la désaffection qui s'ensuivait. Henri de Bourbon devait accompagner son royal parent, et, par conséquent, ne pas faire un long séjour à Paris. Il partit donc au commencement de 1564, toujours confié aux bons soins de Beauvoir, de La Gaucherie et de plusieurs officiers dont la sagesse et le dévouement n'étaient pas moins stirs.

Mais ce fut en vain que Jeanne attendit la justice qu'elle réclamait. A ses lettres pressantes, Catherine de Médicis répondit que « les Protestants s'étaient rendus coupables d'une semblable violence envers la personne du roi son fils ; » que «la reine de Navarre devait suivre ici l'exemple qu'il lui donnait d'oublier les injures qu'il ne pouvait punir. » Indignée de ce déni de justice , et du rapprochement calomnieux dont Catherine l'appuyait, la reine de Navarre sut néanmoins se contenir, espérant d'ailleurs qu'elle obtiendrait davantage de vive voix. Le roi l'avait invitée à le rejoindre à Lyon, où la cour devait se rendre. Catherine même lui adressait d'affectueuses assurances de bon vouloir : caressant son orgueil de mère, elle lui écrivait au sujet du jeune prince: « Vous le trouverez à votre contentement, car tous ceux » qui le voient en sont bien contents , et le trouvent , » comme il est le plus joli enfant que l'on vit ja- » mais... Je m'assure que vous ne le trouverez pas em- » pire entre mes mains. »

Ce ne fut pas seulement sa propre cause que la reine de Navarre plaida auprès du roi; ce fut aussi celle de tous les opprimés. De vive voix, et dans un mémoire rédigé par son chancelier Barbier-Francourt, elle fit entendre les plaintes les plus énergiques sur les violations

continuelles de l'édit de pacification et de tolérance, sur des excès populaires qui avaient souvent pour complices les magistrats, les agents de l'autorité royale ; sur les associations secrètes qui s'organisaient sous le nom de Confrérie du Saint-Esprit, et dont le but était la guerre à mort contre les Protestants. Parmi les scènes sanglantes sans cesse renouvelées, l'une surtout ne parlait que trop haut : c'était l'assassinat de M. de La Curée, que la reine de Navarre, en vertu de ses prérogatives d'apanage, avait nommé gouverneur de Vendôme. Il avait réclamé le châtiment des factieux : c'était assez pour qu'il fût voué à leurs coups. L'assassinat de cet homme de bien fut même attribué à Gabriel Miron, conseiller au Parlement de Paris, que la cour avait envoyé avec la qualité de commissaire général dans le gouvernement de Touraine, dont dépendait le Yendômois.

De Lyon, Jeanne accompagna la cour à Roussillon en Dauphiné, qui fut une des stations de ce voyage. Elle y continua ses plaintes et ses remontrances; mais comment auraient-elles prévalu contre la perfide influence qui paralysait jusqu'aux meilleures intentions du chancelier de L'Hôpital ? Catherine de Médicis, par un de ces revirements qui lui coûtaient si peu, s'était rejetée vers les Guises et l'Espagne. Pendant le séjour à Roussillon, une lettre contenant la preuve de cet accord tomba entre les mains de la reine de Navarre. C'était grâce à la connivence de Catherine que le cardinal de Lorraine conspirait impunément avec Philippe IL Non-seulement Jeanne ne put rien obtenir, mais encore c'est là que fut rendue, le 4 août 1564, une déclaration interprétative de l'édit d'Amboise, et qui était elle-même un nouvel édit qui sapait encore une

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