‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 42 sur 140 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tolérance déjà si incomplète et si précaire. Les seigneurs calvinistes ne pouvaient admettre aux prêches de leurs châteaux que les personnes de leur maison et leurs vassaux immédiats. Les synodes et les collectes d'argent étaient interdits ; défense aux pasteurs de sortir de leur résidence et d'ouvrir des écoles. Profondément affligée, Jeanne d'Albret s'éloigna; elle retourna malade en Béarn, où du moins elle trouvait du bien à faire (i).

La cour, poursuivant son voyage qu'interrompaient de longues stations, traversa toutes les provinces du midi et arriva à Bayonne. Dans cette ville voisine de la frontière, devait venir, de son côté, la reine Elisabeth. Mais le service qu'elle avait rendu naguère à Jeanne d'Albret était, aux yeux de Philippe II, un crime qui, dit-on, ne lui fut jamais pardonné. Cétait au duc d'Albe, qui accompagna la jeune souveraine à Bayonne, que Philippe avait donné ses instructions intimes et

(1) A Roussillon aussi fut rendue une importante ordonnance d'un genre différent, et plus digne d'éloges; ce fut celle qui fixa au 1er janvier, à partir du 1er janvier suivant (lo6o), le commencement de l'année qui, jusque-là, s'ouvrait à Pâques et variait de longueur avec l'époque de cette fête mobile. Les derniers mois, selon l'ancien système. de chaque année antérieure à lo6o, se trouvent être, par conséquent, les premiers de l'année qui suit dans la nouvelle manière de compter. Par exemple, le mois de janvier 1528, où naquit Jeanne d'Albret, le mois de février 1519, où naquit l'amiral de Coligny, le mois de février 1563, où mourut François de Guise, appartiennent aux années 1527, 1518 et 1562, dans les titres de l'époque, et l'on commet une erreur d'un an, si l'on néglige de tenir compte de cette différence. — En 1571, une ordonnance de Jeanne d'Albret étendit le système nouveau à ses États où, jusqu'alors, on faisait commencer l'année le 25 mars.

secrètes. Pour les affections particulières de Jeanne, Elisabeth était une parente chérie; mais, dans l'entrevue de Bayonne, elle était reine espagnole, et, à l'égard de l'Espagne, la reine de Navarre ne pouvait se montrer gardienne trop attentive de ses droits. Dans cette circonstance où Henri de Bourbon, l'héritier du trône navarrais, allait se rencontrer avec l'Espagne, les formalités de l'étiquette et du cérémonial avaient de l'importance ; c'est pourquoi Jeanne d'Albret prit soin, en ce qui regardait son fils, d'en régler elle-même les moindres détails. Jacques de Sponde, son conseiller et son secrétaire, fut chargé de les débattre avec Ca= therine de Médicis. C'était, dit Olhagaray, « un personnage prudent, judicieux, sage, fort homme de bien, pie et religieux, n'ayant jamais aimé la recherche des choses de ce monde au préjudice de son honneur.» Jeanne d'Albret fut donc bien représentée. La reinemère prétendait ôter à cette rencontre tout caractère politique; elle la présentait comme une réunion de famille dont le seul but serait de faij^e bonne chère et de « s'en retourner chacun dans son pays, et avec la joie de s'être vus, » Mais Jeanne et son secrétaire y attachaient avec raison une toute autre importance, et ne s'y méprirent pas.

Ce fut au miheu des fêtes les plus magnifiques, dont le faste insultait aux maux de l'État et à la misère des peuples, que furent agités les sinistres projets assez annoncés par la présence du confident de Philippe II. Officiellement, il réclama seulement l'interdiction du culte hérétique dans tous les lieux voisins de la frontière espagnole, afin de prévenir les dangers de la contagion, et cette demande fut accordée ; mais, dans les

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