TROISIEME PARTIE, 156-2-1508. 20i
colas Bourbon, un honnête et savant homme, disciple heureux des Muses latines. Dans ce cher asile de Castel- Béziat. la reine venait se délasser de la fatigue des affaires et des graves soucis de la politique, en Jouissant des progrès de sa hlle, dont l'aimable naturel et la vive intelligence annonçaient qu'elle ne dérogerait pas aux traditions héréditaires.
Ces bienfaits d"une éducation sohdeet chrétienne, dont Jeanne d'Albret s'attachait à doter ses enfants, elle voulut pareillement les mettre à la portée de tous ses sujets. De cette pensée naquit lAcadémie d'Orthez, établissement (]ui, pour avoir trop peu duré, n'en fait pas moins d'honneur à la princesse qui le créa.
Cette histitution fut greffée, en quelque sorte, sur une autre qui appartenait au père et à la mère de Jeanne, sur le collège qu'ils avaient fondé à Lescar, comme il est dit dans une remontrance des jurais de cette a il le : « Du temps du feu roy Henri et royne Manjalide, ayeuls de Sa Majesté, à la soUicitation des États et inrlination naturelle desdits sieurs roy et royne, amateurs de religion, vertu et piété, il fut adressé (décidé) d'ériûer un collège en ce pays souverain, pour rejeter l'i- ;;iiorance du milieu de tout le peuple. » Quand la Réformation eut pris pied en France, des académies protestantes s'élevèrent en diverses villes, à Saurnur, à Sedan, à Nîmes, à Montauban, à Die ; Jeanne dAlbret voulut que le Béarn eût aussi la sienne. Elle s'occupa d organiser sur de nouvelles bases le collège déjà existant, d'y attacher des professeurs qui répandissent, avec l'instruction, les principes de la foi réformée. Gel élabhssement, elle comptait le laisser, ainsi transformé, <:ans la ville (}ui en était uéià pourvue. Mais Lescar.
202 HISTOIRE DE JEANNE U'ALUttEl.
petit siège épiscopal, était peu favorable au Protestantisme. Les habitants craignirent l'influence nouvelle que le collège exercerait, et demandèrent qu'il fût transporté ailleurs. La reine, accédant à cette requête, se décida pour Orthez, ville qui était au contraire, dans le Béarn, le principal foyer des idées protestantes. Cette détermination une fois prise, plusieurs des habitants de Lescar regrettèrent la demande qui avait été faite, et sollicitèrent qu'il n'y fût pas donné suite ; mais il était trop tard. Dès le mois de décembre 1564, la reine avait disposé, pour cette translation, du couvent des Jacobins dOrthez, qui durent céder la place, et en 1566, tous les travaux d'appropriation étant terminés, l'établissement nouveau fut ouvert avec le titre {\' Académie. Une inscription pompeuse en vers latins, dans le style mythologique de l'époque, était placée au-dessus du grand portail.
Moins de trois ans après, en 1569, le triomphe momentané de la révolte ayant fermé l'Académie, ce fut à Lescar qu'elle se rouvrit, à cause d'une maladie pestilentielle amenée par le terrible carnage qui signala la reprise d'Orthez sur les rebelles. En 1579, elle revint à Orthez ; mais ses migrations n'étaient pas finies : les deux villes s'en disputaient la possession ; Orthez, pour que ce foyer d'instruction restât acquis à la Réforme ; Lescar, pour y établir l'influence catholique, ou du moins pour y paralyser l'esprit contraire. En 1591, Lescar eut de no\iveau gain de cause. Orthez, à son tour, triompha en 1609, et garda cette fois l'Académie tant qu'elle subsista ; mais cette existence était près de son terme. En 1620, l'invasion commandée par Louis XIII en personne, la réunion définitive du Béarn