TROISIEME PARTIE
Majendie, Charles, etc. Le savant Lambert Daneau, d'Orléans, élève de l'infortuné Anne Dubourg, et qui avait professé la théologie à Leyde, vint l'enseigner à Orthez. Il y composa son commentaire latin sur saint Mathieu, qu'il dédia aux États de Béarn. Ce livre sortit de l'imprimerie établie à Orthez, et qui fut comme une annexe et un complément de l'Académie. Au nombre des ouvrages quelle mit au jour, nous citerons, comme le premier de tous probablement, une traduction des Psaumes en béarnais, par le ministre Arnaud de Salette. On y trouve joints la liturgie du culte public deux catéchismes et une liturgie du culte domestique, sainte habitude qui fut la seule ressource des Protestants français dans la séculaire proscription qui frappa leur croyance (1).
Ce n'est pas tout. Dans la même année, 1583, où parut cette publication digne de mémoire, une ordonnance de Henri III, roi de Navarre (le fils de Jeanne d'Albret ne devint Henri IV qu'en qualité de roi de France), érigea l'Académie dOrthez en Université royale de Béarn. « Poussé,» comme il est dit dans cet acte qui est rédigé en latin, «par le désir de favoriser les belles-lettres
(1) Voici le titre entier du volume dont nous parlons, et qui, très curieux sous les autres rapports, est également remarquable an point de A^ue typographique : « Los Psalmes de David metids en rima beornesa jjer Arnaud de Salette, ministre. — A Orthez, per Louis Rahier, imprimur deiï Rey. — La liturgie du culte domestique est intitulé : L'exercice dei) Pay (père) de familia et de tous sou domesticz. Nous devons ces détails sur l'Académie béarnaise à un intéressant travail publié par M. Lourde-Rocheblave, président du consistoire d'Ortliflz, dans le Bulletin de la Société de PHisfoire du J'rotestanti.srnc français^ tome troisième.
ailG HISTOIRE DE JEANiNE DALBRET.
et la piété, » il confirma les privilèges octroyés à cette docte institution par la reine sa mère, et en ajouta d'autres destinés à l'élever au rang des établissements semblables existant en Europe. Parmi ces dispositions figure la création de l'imprimerie royale, dont les travaux furent inaugurés par le livre de Lambert Daneau. De plus, dans les bâtiments de l'Académie fut établie une bibliothèque dont le fonds, composé d'ouvrages de tout genre, publiés dans les diverses langues, s'enrichirait chaque année très exactement ( nistriciè), et aux frais du roi, des livres nouveaux (jui paraîtraient, le tout, est-il dit, « afin qu'il ne puisse manquer aucun lustre à notre Académie. »
Il esta remarquer que l'Académie d'Orthez eut plus à se louer de Henri de Bourbon quand il nétait que roi de Navarre^ que lorsqu'il régna sur un royaume bien plus puissant. Il faut dire même qu'à l'époque oii furent prises, en faveur de l'Académie, les dispositions dont nous venons de parler, le Béarn était gouverné par Catherine de Bourbon au nom de son frère : il est donc permis de reporter sur elle, en grande partie, le mérite de ces mesures. Le changement de religion de Henri IV ne put qu'affaiblir sa bienveillance pour cette espèce de séminaire de la Réforme. Successivement, dans les premières années du siècle suivant, plusieurs professeurs furent supprimés ; les traitements des autres furent notablement réduits, ainsi que les pensions des étudiants. L'imprimeur-libraire se trouva également compris dans ces retranchements, tristes préludes de la ruine que consomma le fils-de Henri IV, le petit-fils de la glorieuse fondatrice.
Tandis que Jeanne élait à Paris, au commencement