TROISIEME PARTIE, 1562-1S
de juin 1566, s'était tenue en Béani une assemblée qui députa vers elle Michel Vignaux, ministre de Pau, Cette démarche avait pour but de lui demander l'entière abolition des cérémonies de l'Église romaine, ainsi que des règlements sévères d'ordre et de police, pour que tout fût strictement régi dans le pays selon les lois de la Sainte Écriture. Jeanne, avec les principes austères qui présidaient à sa propre vie, était aussi disposée que personne à seconder ce mouvement. Le mois suivant, elle donna des lettres-patentes par lesquelles « étoient défendus tous jurements, blasphèmes, paillardises, jeux de hasard, danses dissolues, publiques ou particulières, les processions publiques et l'enterrement dans les temples, (l) » Il était ordonné au procureur général de poursuivre les usuriers; au sénat ecclésiastique, de rechercher un bon nombre d'enfants annonçant des dispositions pour les lettres, et dont l'Etat défraierait les études, afin de les rendres propre à le servir. Les excommuniés qui demeureraient plus d'un an sans venir à résipiscence devaient être « par le même sénat amendés et poursuivis. » Le droit de conférer les bénéfices était ôté aux ecclésiastiques; les patrons laïques étaient autorisés à présenter « tel que bon leur semblerait, » pourvu qu'il fît profession de la Religion. La reine rég.ait également la pension ou le traitement des ministres et renvoyait le reste à son retour.
Pour ce qui regardait l'interdiction du culte romain, Jeanne eut la sagesse de ne pas accéder à cette partie de la demande. La communion réformée avait ses zélateurs inconséquents et outrés, qu'elle ne se croyait pas
(1) Olhagaray, Histoire de Foix, Béarn et Navarre,
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obligée de suivre dans l'excès de leurs entraînements. Si elle désirait autant qu'eux voir la Réformation s'étendre de plus en plus, c'était par l'influence morale. En butte à une guerre permanente de la part du clergé catholique, elle lui ôtait, il est vrai, les prérogatives temporelles et les moyens d'action dont cette hostilité pouvait se faire des armes; les processions, les cérémonies extérieures fournissaient des occasions de trouble et de sédition, comme l'expérience en témoignait troi) bien, et elle les interdisait: mais ie Catholicisme continuait d'avoir son libre exercice dans ses sanctuairiv^i. Partout où il conservait des sectateurs, il était sévèrement défendu de détruire les objets de leur vénération, les autels, les images, les statues de saints. Les couvents même n'étaient pas supprimés; il en existait toujours dans plusieurs villes. Quant à ceux qui étaient vides, quant aux églises abandonnées, — et l'on en comptait un grand nombre. — les l)iens qui en dépendaient furent appliqués au soulagement des pauvres. Les aumônes étaient recueillies par les jurats (magistrats municipaux), sous la surveillance de deux régents, l'un protestant, l'autre ecclésiastiifuo romain, dans les paroisses que se partageaient les deux communions. C'était beaucoup que cette tolérance, si Ton se reporte à l'esprit de répoque, à l'ardeur des luttes rehgieuses et des ressentiments. Sous ce rapport, Jeanne se montrait supérieure à ses contemporains, y compris quelques-uns des plus illustres: Calvin, par exemple, qui ne sut pas assez se préserver de Tesprit de ceux qu'il combattait, et rompre avec les traditions de leur école, oîi son éducation s'était faite. Admiratrice du célèbre réformateur, Jeanne imitait la sévérité <le ces lois morales qui chan-