‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 55 sur 140 · TROISIEME PARTIE, J.SG2-1.SG · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE, J.SG2-1.SG

gèrent la face de Genève, qui en tirent une Sparte chrétienne, où la puissance de l'idée remplaçait la puissance du glaive, et qui donnèrent à la faible république une si grande place dans le monde : mais elle ne lui empruntait pas son âpreté trop absolue, en ce qui concernait les droits d'une autre opinion que la sienne. Il y avait en elle la Calviniste dévouée, mais il y avait aussi la souveraine d'un pays mixte, et son éloignement pour Vidoldtrie romaine (c'était l'expression du temps) fait mieux ressortir la ferme équité que ce sentiment n'étouffait pas. Si elle en vint, quelques années plus tard, à se départir de cette ligne, on veiTa quels événements l'y poussèrent.

Un fait remarquable, c'est que, malgré son profond respect pour la chaire dont elle écoutait les enseignements, la reine de Navarre ne permettait pas plus au clergé protestant qu'au clergé catholique de sortir de ses attributions et d'empiéter sur le domaine de l'autorité civile. Pour une question importante, celle des procès relatifs aux mariages, il y avait conflit entre le Conseil souverain de Béarn et le synode des pasteurs. Pierre Viret publia, pour soutenir les prétentions du synode, un livre qu'appuyait toute fautorité de son talent et de son nom. Cependant, la reine ne céda point à cette voix si justement vénérée. Elle porta d'abord ce genre d'affaires devant un pouvoir supérieur aux deux juridictions rivales, devant son conseil privé; et plus tard, dans la réunion des Etats, ce fut en faveur du Conseil souverain que fut tranchée la question.

ÎIO fflSTOIRE DE JEAîOîE D'ALBRET.

Au milieu des soins de son gouvernement, il n*était pas difficile à Jeanne de prévoir que de nouveaux ccn*' flifs armés ne tarderaient pas à éclater en France. Les lambeaux de tolérance, laissés aux Calvinistes par le dernier édit, ne voilaient pas même les menaces d'extermination suspendues sur leur tête, et qui n'attendaient que le jour et l'heure propices. Partout se multipliaient les scènes de violence et de sang. Le chancelier de L'Hôpital avait complètement perdu cette salutaire influence, espoir d'un règne meilleur, par laquelle fut obtenu tout le bien qui fut fait, et empêché tout le mal qui put l'être. Le gouvernement était complètement dans les mains de la reine-mère, du cardinal de Lorraine, de Rome et de l'Espagne, appuyés sur les Montluc, les Tavannes, sur les hommes d'exécution du parti catholique. Pour exaspérer l'esprit irritable de son fils, et le pousser aux dernières extrémités, Catherine mit sous ses yeux une médaille d"or dont la légende latine était au nom de Louis XIII, roi de France. En supposant que l'ambition du prince de Condé fût allée jusqu'à rêver l'usurpation de la couronne, il ne serait pas à croire qu'il eût proclamé de la sorte ses projets. Il est beaucoup plus probable — et c'est l'opinion de Mézeray, Le Laboureur, etc. — que la reine-mère elle-même avait fait fabriquer cette médaille, genre de moyen qui ne répugnait pas à sa politique.

Devant les menaces d'une faction qui conjurait ouvertement leur perte, les chefs calvinistes ne voulurent pas en attendre l'effet. Leurs adversaires livraient la France à l'Espagne son ennemie ; ils recoururent 'de nouveau à l'Allemagne protestante. Ainsi, chacun des deux partis se faisait des alliés au dehors. Tel est le ré-

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