TROISIEME PARTIE, 1862-156». SU
sultat de toutes les luttes de principes : la communauté d'opinions devient l'unique lien qui unit les hommes. L'étranger qui est votre frère en croyance, vous est un compatriote : le compatriote ennemi de votre foi vous est moins qu'un étranger.
Avant les secours armés, les Calvinistes sollicitèrent des princes allemands l'appui d'une tentative amiable, afin d'obtenir le maintien et l'observation de l'édit pacificateur. Cette demande fut faite, mais sans aucun succès. Charles IX exprima aux envoyés sa surprise de ce que leurs maîtres s'ingéraient dans les afTaires religieuses de France, quand il n'intervenait pas auprès d'eux pour de semblables questions, et il leur tourna le dos. Cette fin de non-recevoir aurait frappé plus juste si, dans le même temps, Philippe II n'avait pas exercé dans le royaume une action bien autrement grave.
Pour mieux assurer le grand coup que tout annonçait, la cour avait demandé six mille hommes aux cantons calhohques de la Suisse. En attendant ce renfort, Catherine et le cardinal de Lorraine avaient besoin de temporiser encore quelques jours. Le maréchal de Montmorency, fils aîné du connétable, et qui représentait ce qu'on appelait le tiers parti, fut chargé de négocier avec le prince et ses amis; mais les Suisses étant arrivés, ces négociations furent rompues.
Le chanceHer de L'Hôpital fit une nouvelle tentative pour arrêter l'explosion de la guerre civile : il conseillait fortement dé congédier les soldats étrangers, d'ôter tout sujet de plaintes aux Protestants par la fidèle exécution de l'édit d'Amboise. <« — Eh! monsieur le » chancelier, » dit la reine-mère, « voulez-vous ré- » pondre qu'ils n'aient d'autre but que de servir le roi ?
2i2 HISTOIRE DE JEANNE D'ALBRET.
« — Oui, Madame, » dit L'Hôpital, « si l'on m'assure » qu'on ne les veuille pas tromper. » L'avis du chancelier ne fut pas suivi, et les Huguenots résolurent de ne plus chercher leur sûreté (jue dans les armes.
La cour était à Monceaux, en Brie, maison de plaisance tout ouverte. « Pour mettre, » dit Le Laboureur, « le roi de leur côté, » les Protestants résolurent (septembre 1567), de l'enlever par un hardi coup de main. L'entreprise fut éventée : la cour eut le temps de se réfugier à Meaux. De là, les Suisses, appelés en hâte, l'escortèrent jusqu'à Paris, faisant face à la cavalerie de Gondé, qui les serra de près et les harcela dans cette marche, oii leur discipline et leur fermeté se firent grand honneur.
La guerre recommençait donc, et c'était aux portes de la capitale. Le vieux connétable, âgé de soixantequatorze ans, se mit à la tête de l'armée, que grossirent les compagnies de la bourgeoisie parisienne. Le 10 novembre, il livra la bataille de Saint-Denis, où il fut tué. Catherine ne lui donna que des regrets menteurs. Pour le peuple de Paris, il qualifiait de luthérien masqué le vieux guerrier dévoué à la foi catholique jusqu'à lui donner sa vie, mais non pas assez à la faction qui s'en faisait un drapeau.
Quoique les Catholiques, fort supérieurs en nombre comme à Dreux, fussent restés maîtres du terrain, la bataille de Saint-Denis n'avait été gagnée on réalité (]ue par « le roi d'Espagne, » suivent le mot du maréchal de Yieilleville à Charles IX, trop juste manière d'exprimer qu'à Philippe H seul profitait tout le sang français versé des deux côtés. Dès le lendemain de la bataille, ic^ (lalvinistes se rapprochèrent de Paris, où