TROISIÈME PARTIE
était rentrée l'armée catholique, et la détièrent sans qu'elle en sortît. Les chefs protestants se portèrent alors au-devant des troupes allemandes que leur amenait le prince Jean-Casimir, fils de l'électeur palatin. La jonction se fit à Pont-à-Mousson. Mais, comme les mercenaires de l'autre camp, ceux-ci voulaient de Tar- .uent avant tout. Catholiques ou Protestants, ces soldats, que l'Allemagne et la Suisse fournissaient aux deux partis, s'enrôlaient pour la paie et les autres profits du métier. l)ien plus que pour la croyance. Les troupes recrutées par l'électeur palatin, mais non soldées par lui, réclamaient cent mille écus arriérés, et l'on n'en avait pas deux mille en caisse. La nécessité pressait : que faire? Alors, on vit un fait sans doute unique : ce fut une moitié de l'armée qui paya l'autre. « Le prince dp Condé et Lamiral, » raconte rhistorien Jean de Serres, dans son style énergique et naïf, « sermonnent par leur exemple grands, moyens et petits ; les ministres en leurs prédications émeuvent les hommes, et les capitaines y préparent leurs gens. Chacun hoursille, (lui par zèle, qui par amour, qui par crainte, qui par honte et vergogne de reproche; ils recueillent tant en monnoie (,u'en vaisselle, chaînes d'or et bagues, quelque quatre-vingt mille francs, et par cette volontaire liljéralité, rabattent la première et plus grosse faim des reîtres. »
Avec ces auxiliaires, Condé vint assiéger Chartres, l'un des centres d'où Paris tirait ses approvisionnements. La Rochelle avait repoussé l'attaque de Montluc, qui se vengea par le massacre presque total de la population réformée de l'île de Ré. Dans le Midi, les Huguenots s'étaient rendus maîtres do plusieurs places
importantes : Nîmes était du nombre; Nîmes, la cité aux passions bouillonnantes, et dès lors métropole protestante dans le sud-est du royaume. La réaction y fut tristement signalée par l'émeute sanglante dite la Michelade, parce qu'elle éclata le jour de la Saint-Michel, et oïl périrent cent vingt Catholiques massacrés dans les prisons, malgré les efforts des Calvinistes notables et des pasteurs pour arrêter la fureur populaire. Montpellier, Uzès, Castres, Montauban, étaient aussi au pouvoir des Huguenots. Catherine de Médicis voyait que les affaires prenaient une tournure favorable pour eux. De nouveau elle eut recours aux négociations et à la tromperie, ses armes favorites. Comme le prince de Condé et les principaux Calvinistes, instruits par le passé, exigeaient des garanties, Catherine fit publier que redit de pacification serait rétabli à perpétuité, dans son acception la plus large; que nul ne serait recherché pour avoir pris les armes, et que les chefs seuls refusaient, par des vues personnelles, ces conditions si avantageuses à tous. Ce moyen réussit. Moins clairvoyants que leurs généraux, ces volontaires qui composaient l'armée protestante se mirent à quitter leurs drapeaux par compagnies entières et à reprendre le chemin de leurs foyers. Menacé de rester sans troupes, le prince^'accepta le traité qui fut signé à Longjumeau, le 20 mars 1568. « Cette paix, » dit Mézeray, « laissait les Huguenots à la merci de leurs ennemis, sans autre sûreté que la parole d'une femme italienne ; aussi ne dura-t-elle pas longtemps. » En adressant l'édit au Parlement de Toulouse, Mont lue lui mandait que « c'était une paix pour prendre haleine et temps, pour se procurer les choses utiles à la guerre, et non