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trait de plus pour son éloge — dans un état voisin de la pauvreté, moins d^un an après la Saint-Bar Ihélemy. Horace, son poëte favori, lui avait fourni sa devise : Impavidum ferient ruinœ. Mais cette inébranlable fermeté du sage, qui aurait bravé la mort sans fléchir, fut impuissante chez L'Hôpital contre l'épouvantable forfait qui combla la mesure des malheurs publics, et le chagrin abrégea cette noble vieillesse.
La perfidie et la violence, unies ensemble, se préparaient à frapper un grand coup. H fut décidé que le prince de Condé et les trois Châtillons seraient arrêtés en même temps : le prince, à Noyers, en Bourgogne,, l'un des domaines que sa seconde femme lui avait apportés ; l'amiral, à Tanlay, non loin de Noyers ; d'Andelot, en Bretagne ; le cardinal de Châtillon, à Brêlé, maison de plaisance des évêques de Beauvais. Bien qu'il eût totalement rompu avec l'Église catholique, il ne laissait pas de conserver, par sa charité, par la bienveillance de son caractère, l'afifection de la plupart de ses anciens diocésains, et, depuis la pacification, ii était revenu vivre au milieu d'eux. Éloignés des grands centres calvinistes, Condé et les Châtillons ne fournissaient ainsi aucun prétexte à leurs ennemis. Seulement, ils se tenaient sur leurs gardes. A l'égard du prince et de l'amiral, l'exécution fut confiée au maréchal de Tavannes, comme gouverneur de la Bourgogne. Ce qui étonnera sans doute, c'est que Tavannes, quand il reçut cette mission de la part de la reinemère, s'y montra peu disposé, mais non pas, cependant, par scrupule. « H répond, » lit-on dans le récit de son fils, « que la royne estoit conseillée plus de passion que de raison et que l'entreprise étoit dangereuse,
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proposée par gens passionnés et inexperls ; que luy n'estoit propre pour telle entreprise ; que s'il plaisoit à Sa Majesté de déclarer la guerre ouverte, il feroit cognoistre comme il savoit servir; que, quand il voudroit exécuter ce commandement, M. le prince et Tamiral, ayant de bons chevaux, se pourroient sauver, et luy demeurer en croupe, avec le blasme d'avoir rompu la paix ; luy restant ce prince et ce parti pour mortels ennemis. »
Catherine persistant dans ses ordres, Tavannes l'assura de son obéissance ; mais tout d'un temps, par les considérations ({ue l'on vient de lire, il lit en sorte que Condé fût bien averti. Il envoya des hommes sonder ostensiblement les fossés de Noyers; il prit ses mesures pour que des billets annonçant l'arrestation prochaine du prince tombassent entre les mains de celui-ci. Ces billets contenaient ces seuls mots, assez intelligibles : Le cerf est aux toiles, la chasse est préparée. En passant près de Noyers, les messagers, comme Tavannes le voulait, furent arrêtés par les gens du château et les i)illets furent saisis et lus. L'éveil était donné. Le 25 aot\t, au milieu de la nuit, le prince et l'amiral partirent, en se dirigeant vers La Rochelle, qu'ils savaient prête à les recevoir. Ils conduisaient avec eux la princesse de Condé, sa fille aînée, la femme de d'Andelot, (lui avait un enfant à la mamelle, d'autres enfants en bas âge (il y en avait neuf), des nourrices, des femmes de service, tout un convoi, partie à cheval, partie en litière, que cent cinquante hommes escortaient. Marchant par des chemins détournés, trompant les embusciades et les poursuites, ils traversèrent la Loire à un gué peu connu, dans les environs de Sancerre. Condé
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passa le premier, portant dans ses bras son plus jeune fils : toute la troupe suivit en chantant le psaume : Au sortir d'Israël d'Egypte. Le lendemain, quand se présentèrent au même endroit les ennemis attachés aux traces de la caravane fugitive, une soudaine crue du fleuve avait rendu ce gué impraticable, circonstance qui rappela encore mieux le passage de la mer Rouge par les Hébreux et la protection dont le ciel les couvrit. Ce long trajet, du cœur de la Bourgogne aux rivages de rOcéan, qui ne dura pas moins de vingt-quatre jours, fut heureusement accompli, et le 18 septembre, Gondé, Coligny et leur précieux convoi atteignirent La Rochelle, où d'Andelot put aussi se réfugier. Pour le cardinal de Châtillon, également averti en temps utile et favorisé dans sa fuite, il gagna, déguisé, la côte de la Manche, se jeta dans une barque et aborda en Angleterre. Tavannes avait ou soin de n'arriver à Noyers que sûr de nW plus trouver personne. Simulant une grande colère d'avoir manqué le prince, il livra le château au pillage et tira bon parti de cette feinte, en s'emparant des meubles et effets les plus précieux. La maréchale de Tavannes osa, quelque temps après, s(^ montrer à la cour, parée des robes les plus magnifiques de la feue princesse de Gondé, qui avaient été sa part du butin.
Désormais, la guerre était déclarée, déclarée par Catherine de Médicis et la faction espagnole. « Médicis et le duc d'Anjou,» dit Le Laboureur, « aussi bien que la maison de Lorraine, rendirent la cause des Protestants juste, en mettant la reine de Navarre, Gondé et tout le parti dans la pressante nécessité de défendre leur vie; la paix, indignement violée, légitima la défense. » Cette
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guerre, « la dernière de Condé, » ajoute-t-il ailleurs, « n'avait de religion que le nom, du côté de la cour. » Tavannes, à son tour, va encore apporter son témoignage peu suspect. « Cette entreprise mal dressée de quenouilles et de plumes, fut, » dit-il, « Touvrage de la reine, du cardinal de Lorraine et du chancelier Birague, lesquels y devaient employer le duc d'Anjou, sous lequG'l nul n'eût craint d'entreprendre ; espérant en ce fautif dessein, ils se trouvent sans force ni argent, donnant temps aux Huguenots de prendre grand nombre de villes, avec cruautés et pilleries permises, de réunir leurs forces, les accroître ; telle fut l'imprudence et longueur de la reine, embarquée sans biscuit, plus étonnée que ceux qu'elle voulait surprendre. »
Jeanne d'Albret, bien renseignée comme elle savait rètre toujours, se tenait prête à tout événement. De nouveaux troubles ayant été suscités dans le comté de Foix, elle était partie pour aller en personne les apaiser ; elle se trouvait à Saint-Gaudens, petite ville sur la Garonne, quand elle fut rejointe par un gentilhomme que lui envoyaient son beau-frère et l'amiral, pour l'informer de la situation, et la prevenir des projets tramés contre elle et tout le parti. La reine demeura enfermée pendant quatre heures avec ce gentilhomme et son fils qui, si jeune, était mis de moitié dans ces graves affaires et dans les perplexités maternelles. A a suite de cette conférence, elle renonça à poursuivre son voyage, donna des ordres à M. de Rabat, premier baron du comté, pour la convocation des Etats de Foix, et reprit la route de Pau. Les circonstances pressaient. La cour de France avait médité de la faire enlever avec ses en-