‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 6 sur 140 · PREMIERE PARTIE, lo28-lo53. i · texte numérisé non relu

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ciliei* des prétentions rivales sur le comté d'Armagnac, apporté par Marguerite dans la maison de Navarre, et que celle de Vendôme revendiquait.

Mais ce projet était loin d'obtenir l'assentiment de Marguerite. Brave sur le champ de bataille, Antoine montrait partout ailleurs la faiblesse d'un caractère nonchalant et irrésolu, anomalie morale dont il serait facile de citer bien d'autres exemples. Affable et d'humeur facile, mais léger, incapable d'application, passiormé pour le luxe et le plaisir, il poussait ses habitudes de magnificence jusqu'à une folle et ruineuse prodigalité. Parmi les fils du duc de Vendôme, un autre, sans être exempt de quelques-uns des défauts d'Antoine, devait montrer des qualités fort supérieures, c'était Louis, enfant alors, et en qui commença l'illustre nom de Gondé.

Un changement eut lieu, sur ces entrefaites, dans les intentions de François P»*, mais sans que son nouveau choix fût plus agréable à la reine de Navarre. Le désir de se procurer un allié contre Charles - Quint porta les vues de François sur Guillaume, duc de Clèves et de Gueldres, dont l'empereur contestait les droits et revendiquait les possessions. Les alliances du duc de Clèves parmi les autres princes d'Allemagne et les électeurs de l'Empire lui donnaient, autant et plus que ses propres forces, une importance qui n'était pas à dédaigner. Sans que Henri d'Albret ni Marguerite fussent consultés, le mariage avec ce prince fut convenu. n arriva le 6 mai 1540, à Amboise, où était la cour. Le roi et la reine de Navarre furent invités à s'y rendre également et à prendre leur fille au Plessis-les-Tours, afin de l'amener avec eux. Conformément aux lois et

coutumes nationales, ils convoquèrent les États de Béarn, et soumirent à leur appréciation le parti présenté pour la princesse héréditaire. Cette assemblée ne balança pas à désapprouver le choix d'un prince si éloigné, étranger aux mœurs du pays comme à ses intérêts, et qui ne serait à portée ni de le gouverner, ni de le défendre contre l'Espagne. Cette opinion, formulée dans un écrit qui fut déposé entre les mains du roi e( de la reine, était parfaitement d'accord avec leur propre avis. Armés de cette déclaration, ils se mirent en route et arrivèrent à la cour de France avec la princesse.

Jeanne n'avait encore que douze ans; mais l'idée, chez elle, devançait l'âge. Malgré son vif désir de quitter un séjour où elle ne voyait qu'un lieu d'exil, elle ne se montra pas plus disposée que ses parents en faveur du mariage ainsi arrangé par la politique. Elle se sentait peu attirée vers ce pays allemand, encore si rude et si imparfaitement civilisé en comparaison de la France, et le sentiment précoce de la grandeur de sa maison lui disait que, fille et nièce de roi, elle ne devait s'allier qu'à un sang royal. Mais toutes ces oppositions cédèrent à la volonté bien arrêtée de François I*"' et le mariage fut célébré à Chatellerault, le 15 juillel de la même année. A défaut des joies du cœur et du bonheur de famille, François P^" entoura ce mariage d'une magnificence presque sans exemple. La jeune épousée était tellement accablée sous le poids des pierreries, des étoffes d'or, des joyaux de toute espèce, (lu'elle ne pouvait marcher; sur l'ordre du roi, le connétable de 3Iontmorency dut la porter h Téglise, mission assez singulière, qui satisfit peu ce haut dignitaire des armées, mais qui ne laissa pas d'amuser, tout affli-

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gée ({u'elle fût, la reine Marguerite, dont le connétable s"était fait l'ennemi déclaré.

Après ce mariage de pure forme ( l'âge de la princesse n'en permettait pas d'autre), le duc de Gueldres retourna dans ses États, et Jeanne, à sa grande joie, suivit sa mère en Béarn. Là, elle fit connaissance intime avec ce peuple qu'elle devait si glorieusement gouverner un jour; elle se pénétra de son esprit et de ses mœurs; elle apprit sa langue nationale et populaire, outre l'espagnol, qui lui devint également familier; en un mot, elle se fit toute béarnaise, et ses sujets futurs, qui aimaient tant la mère, adoptèrent la fille avec la même affection.

Jeanne passa ainsi trois années, goûtant un bonheur que troublait pourtant une appréhension douloureuse. Cette liberté dont elle jouissait dans la demeure paternelle n'était que temporaire et illusoire: souvent l'idée du lien qui l'enchaînait à un époux étranger venait tout à coup glacer son cœur, et elle sentait alors le poids de cette chaîne oubliée. Tôt ou tard, le duc de Gueldres devait sarmer de ses droits. En effet, quand Jeanne eut atteint l'âge de quinze ans, il ne manqua pas de les invoquer. François P'^' signifia au roi et à la reine de Navarre une exigence à laquelle ils ne purent éviter de se soumettre, et il se chargea de conduire lui-même Jeanne à son mari.

Ce fut avec des larmes amères que la jeune princesse s'arracha des bras de ses parents, et quitta son pays pour s'en aller dans cette triste contrée du nord, où l'attendait cet époux dont le nom était pour elle une menace. François F^- prit avec elle la route du Luxembourg, où se trouvait 1p duc de Gueldres. près d'entrer

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en campagne contre l'empereur. Le cardinal Du Bellay, évêque de Paris, était du voyage. Ce prélat ne négligea rien pour réconcilier Jeanne avec l'union qu'elle allait subir; mais il y perdait ses meilleures paroles, et c'était comme une victime que Jeanne s'avançait vers la frontière.

Déjà le cortège royal était à Soissons. lorsqu'arriva un courrier apportant une nouvelle fort imprévue. Le duc de Gueldres, adversaire trop faible pour Charles- Quint, venait d'éprouver une défaite totale. Il n'avait vu d'autre ressource que de se jeter aux pieds de son vainqueur septembre 1543)), de se courber sous les plus humiliantes conditions, et de s'allier, contre la France, au souverain qu'il combattait tout à l'heure. Â.utant ce brusque changement indigna François I»"^, autant il réjouit sa nièce, qui aussitôt y vit l'espoir d'être délivi'ée de sa chaîne. Elle ne s'abusait pas. La reine de Navarre, trouvant cette fois son frère d'accord avec ses vœux, s'empressa de profiter de la circonstance : elle fit valoir auprès du pape Paul III des moyens de nullité que ce pontife, tout dévoué à la pohtique française, adopta sans difficulté. Une bulle déclara sans effet le mariage de 1540, et r ndit aux deux époux leur liberté complète.

François P^^ reprit alors pour Jeanne le projet de mariage avec Antoine de Vendôme, et exigea qu'elle revînt habiter le Plessis-les-Tours. Du moins Jeanne était désormais affranchie de sa plus grande crainte, elle n'avait plus à redouter une triste et lointaine transplantation. Souvent, d'ailleurs, elle venait à la cour, où le roi son oncle aimait à l'entourer de distractions et de plaisirs, et dont elle devint le plus aimable et le plus

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