DE LA TROISIÈME GUERRE DE RELIGION A LA PAIX DE SAINT-GERMAIN
1568 — lo70.
L'immonse élan qui fécondait, on ces jours de la Renaissance et de la Réformation, toutes les parties du domaine de l'intelligence, s'était manifesté, dès le siècle précédent, d'une manière vraiment prodigieuse dans le champ des voyages et des découvertes. Les navigateurs dieppois, par leurs explorations sur la c(Me d'Afrique et par leur conquête des Canaries, avaient montré la voie aux marins portugais qui s'ouvrirent la route des Indes; mais surtout la révélation de ce nou- A'eau monde, que l'Espagne voulut s'approprier comme son domaine, avait donné un essor extraordinaire aux entreprises de colonisation et de négoce. Avec ces moyens matériels si défectueux, ces connaissances techniques si incomplètes, qui rendaient les moindres voyages de mer beaucoup plus difficiles et plus périlleux que ne l'est aujourd'hui le tour du monde, des
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hommes intrépides s'élançaient de toutes parts a travers des océans inexplorés, et portaient au loin ce besoin d'activité, cette curiosité insatiable qui débordaient en eux autant que le désir du gain. Vers l'Amérique du Nord surtout, les marins français et les marins anglais rivalisaient d'ardeur. Même dans de froides et âpres régions, au bord de l'Hudson ou du Saint-Laurent, ils trouvèrent des sources de richesses difterentes de cet or qui fut si fatal à l'Espagne, juste punition des cruautés qu'elle commit pour s'en assouvir. Le succès de leurs entreprises, au lieu de favoriser l'indolence, d'amener le dégoût du travail dans la mère-patrie, y développa de plus en plus l'énergie vitale et agissante. Pour ne parler que de la France, phisieurs de ses cités maritimes acquirent à cette époque une importance toute nouvelle, et devinrent les rivales de ces ports italiens qui eurent, au moyen âge, le monopole de la navigation marchande, à peu près renfermée dans le bassin de la Méditerranée. La bourgeoisie commerçante de ces villes, leurs armateurs, leurs capitaines de navires formèrent une classe puissante par la richesse et l'intelligence, qui ne contribua pas peu à détrôner la force brutale des temps féodaux, à mettre fm au règne de l'ignorance bardée de fer. Dieppe, maintenant port secondaire, vit un de ses négociants, Jean Ango, recevoir François I^^ avec la magnificence d'un souverain, et déclarer la guerre au roi de Portugal, dont les vaisseaux avaient insulté ou capturé quelques-uns de ses bâtiments. Dans ces voyages où les périls de la mer n'étaient pas les seuls, à travers des régions encore occupées par leurs habitants primitifs, la plupart plus redoutables que le- tinvMi'S insu-
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laires d'Haïti ou de Cuba, le moindre navire étail muni de canons et d'armes : le marin, le trafiquant même, avaient besoin du courage du soldat, et ainsi se formaient ces pépinières d'hommes déterminés que les événements trouvaient aussi bien prêts pour la guerre que pour le négoce.
Ainsi que Dieppe , La Rochelle tenait alors une des premières places parmi les cités françaises que la navigation et le commerce avaient faites riches et florissantes. L'une comme l'autre furent aussi au nombre des villes qui se montrèrent particulièrement sympathiques à la Réforme, dont la proscription fut, dans la suite, une des principales causes de leur décadence, en les privant de leurs citoyens les plus industrieux. A La Rochelle surtout, la foi réformée devint tout à fait dominante. Nous avons raconté l'accueil empressé qu'y reçurent Jeanne d'Albret et son mari , en 1557, comme représentants couronnés de la nouvelle Eglise. Avec ces dispositions , la première guerre de religion rendit le parti protestant facilement maître de La Rochelle. Il en fut de même dans la seconde. Le 9 janvier 1568, le peuple se leva contre les Catholiques, et le 23, Sainte-Hermine, seigneur de La Leigne en Aunis, prit possession de la ville au nom du prince de Condé, d'accord avec le maire Pontard, dont le pouvoir y dominait toute autre autoritéj car nulle part la vie municipale n'était plus énergique. Après la pacification du mois de mars suivant, le gouverneur royal, M. de Jarnac, rentra dans La Rochelle, et en chassa Sainte-Hermine et Pontard; mais il ne put empêcher l'élection d'un nouveau maire, Jean Salbert, Calviniste non moins fervent que son prédécesseur, et cette élection fut confirmée par la cour, probablement mal