QUATRIÈME PARTIE
instruite. Les Rochelais avaient proposé au roi de se garder eux-mêmes. La pénurie du trésor, l'insuffisance de troupes soldées qui en était la suite, avaient fait accepter cette offre : aussi La Rochelle était-elle d'avance acquise aux chefs calvinistes pour le jour d'une nouvelle explosion trop facile à prévoir, et en avaient-ils fait leur lieu de rendez-vous.
Fière d'avoir repoussé, dans la dernière guerre, l'attaque du terrible Montluc, La Rochelle avait vu naguère le retour victorieux d'une petite expédition navale, l'un des tém^oignages les plus remarquables de cette énergie de l'initiative individuelle, alors si développée. Gohgny, désirant à la fois étendre la puissance nationale et ouvrir une ressource aux Protestants français qui voudraient fuir les persécutions et chercher fortune sous d'autres cieux, avait successivement organisé plusieurs armements qui en transportèrent un assez grand nombre en Amérique. L'une de ces expéditions essaya de créer un établissement dans la Floride. Diverses causes , des divisions intestines, des naufrages, ruinèrent cette colonie naissante , en outre assaillie par les Espagnols, quoique les deux nations fussent en paix. Jean Ribaud, le commandant, brave marin dieppois, étant tombé entre leurs mains avec les compagnons qui lui restaient, les Espagnols les pendirent tous à des arbres , et près des cadavres, tristes témoignages de leur barbarie, ils laisseront cette inscription : Non comme Français , mais comme Luthériens (1).
(1) Par habitude, le nom général de Luthériens, qui désigna les preijùiers disciples de la Réforme , était encore donné souvent même aux Protestants de l'Église calviniste. On a vu que le peuple de Paris appelait le chancelier de L'Hôpital Luthérien masqué.
■m HISTOIRE DE JEA.N.NE I) ALBUKT.
Le gouvernement de Charles IX était tellement asservi à l'influence de Philippe II, qu'il ne réclama pas satisfaction de cet attentat. Un simple particuUer entreprit de le punir. Dominique de Gourgues était un gentilhomme de Gascogne. Fait prisonnier par les Espagnols dans les guerres d'Italie, il s'était vu, au mépris du droit des gens, jeté sur une do leurs galères pour être conduit au bagne. En route, cette galère fut prise par un corsaire algérien qui fut enlevé; à son tour, par un bâtiment de Malte, et cette suite d'incidents arracha seule le gentilhomme français au sort indigne qui lui était réservé. Ce traitement odieux lui avait laissé contre les Espagnolsuue haine implacable, qui doubla Tindignation soulevée chez lui par l'attentat commis en Floride. Voyant que ce crime va rester impuni par la faiblesse du gouvernement, ou plutôt par sa connivence avec l'Espagne, il entreprend de suppléer, par sa propre force , à l'action publique. Il vend son patrimoine, équipe à Bordeaux trois petits bâtiments, montés par environ deux cents matelots et volontaires déterminés , trompe la surveillance de Montluc, et met à la voile. Poussé pai" les vents contraires à l'embouchure de la Charente, il y relâche, reprend la mer, arrivée la hauteur de Cuba, et là seulement il révèle le but de l'entreprise à ses compagnons, dont l'ardeur ne fait que s'en accroître. Il débarque en Floride , appelle à lui les sauvages , qui se font ses auxiliaires empressés , attaque et enlève trois forts construits par les Espagnols , et tous ceux qui échappent au fer sont pendus aux mêmes arbres que leurs victimes, avec cette inscription : Non comme Espagnols , ?)iais comme pirates. Après avoir détruit les forts, de Gourgues se rembarque, e(, malgré la pour-