‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 67 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE, i · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, i

Tandis que le],fatal empire des Guises et de la reiuenière produisait ses résultats inévitables, tandis que les Calvinistes commençaienl la guerre par des succès, la cour semblait prise au dépourvu par les événements qu'elle-même avait provoqués. Dès le moment que le coup de main médité contre la reine de Navarre, Condé et les autres principaux Protestants, viendrait à manquer, c'était la guerre qui, nécessairement, s'allumait, et cette chance était la première à porter en compte. Mais on a déjà pu juger que, chez Catherine de 31édicis, une étrange légèreté se mêlait quelquefois aux artifices de sa politique; que ses vues n'étaient ni aussi larges, ni aussi étendues que sa perversité était profonde. Pour parer au danger présent et gagner quelques jours, elle espéra d'abord dans l'emploi des amorces mensongères dont elle avait abusé si souvent. Elle fit écrire par son fils aux gouverneurs des provinces, pour garantir aux Religionnaires protection, tolérance, prompte réparation des justes sujets de plaintes qu'ils auraient à présenter. Puis, presque aussitôt, un système tout opposé fut mis en œuvre. Par un édit que l'on appela Edit de Saint-Maur, l'exercice du culte réformé fut interdit sous peine de la vie; il fut enjoint à tous les ministres de quitter le royaume dans le délai de quinze jours. Les Huguenots qui persévéreraient dans l'hérésie étaient dépouillés de leurs biens, charges et dignités. Enfin, le roi déclarait, daprès les termes de cet édit, tenir pour ennemis tous ceux qui professeraient une autre reUgion que la sienne. Coligny fut déclaré criminel de lèze- Majesté et perturbateur du repos public. Le pape Pie V adressa au roi et à la reine-mère des lettres où il qualifiait l'amiral d'homme détestable, infâme, exécrable, si

252 HISTOIRE DE JEA^^E DALBUET.

même il méritoit le nom d'homme. Plus tard on en vint à mettre sa tête à prix.

Ni le titre de souveraine ni celui de parente ne préservèrent Jeanne d'Albret de ces mesures extrêmes. On ne tint aucun compte des formes modérées et respectueuses qu'elle avait employées pour expliquer sa résolution au roi et à la reine-mère, des assurances de dévouement, en tout ce qui ne touchait pas sa croyance, ses droits et ceux de ses enfants, qu'elle associait à l'annonce d'un parti devenu trop nécessaire. Dès le 15 octobre, ordre fut expédié au Parlement de Toulouse de saisir ses domaines, « non-seulement » suivant les termes de cet acte, « ceux qui sont en notre dition (qui relèvent de nous), mais encore ceux qu'elle tient en souveraineté. » Jeanne et son fils étaient censés prisonniers entre les mains du parti calviniste, ot, par une iiction dérisoire, c'était une mesure de conservation que Ton prétendait prendre en leur faveui*. En ^ertu du même ordre, commission fut donnée au baron de Lusse pour prêter la main à la saisie. Ce gentilhomme, encore tout couvert du pardon de sa souveraine, allait acquérir ainsi un nouveau titre à ce cordon de Saint- Michel, que lui avaient valu ses complots et ses trahisons. Les moyens manquèrent sans doute pour (jue la mesure fût exécutée sur-le-champ; mais enverra plus loin qu'elle ne demeura pas à l'état de menace et de lettre morte.

Vers la fm de l'automne, Tarmée du roi se trouva réunie et prête à entrer en campagne. A sa tête fut placé le duc d'Anjou. Agé de dix-sept ans seulement, élevé au milieu de la corruption politique et morale dont sa mère leuait école, et qu'elle lui avait inoculée

Page 1