‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 69 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

bigné, « ayant par les tressants do courage, effacé les termes des regrets, l'armée, après un fj ranci suive, se sépara. »

Cette sagesse, qui avait inspiré Jeanne d'Albret quand elle voulut que le prince de Condé gardât le commandement en chef, elle en donna une nouvelle preuve en offrant son fils pour ce même commandement, après la catastrophe de Jarnac. Cette fois, le prince de Condé mort, le rang de Henri de Bourbon le désignait de plein droit, et avait l'avantage essentiel de prévenir les rivalités, les compétitions (pii auraient pu s'élever parmi les grands seigneurs du parti; mais il n'en était pas moins nécessaire que la jeunesse du prince fût instruite et dirigée. Par son expérience et son mérite incontestés, Coligny était appelé tout naturellement à être ce guide fidèle et sûr dont Henri avait besoin, et à conduire les opérations de la guerre. Jeanne le pria d'accepter la mission paternelle qu'elle lui confiait; elle exhorta Henri à regarder comme un grand bonheur d'avoir un tel maître, et à montrer pour l'amiral, en toute circonstance, une déférence absolue et un respect filial. Ces avis ne furent pas stériles. Le prince de Béarn et son compagnon Henri de Condé, à qui Jeanne donna les mêmes conseils, furent pour Coligny des fils respectueux et dévoués. Hs eurent le bonheur de mériter les railleries du .duc de Nevers, qui , plaisantant sur cet attachement et cerespect des deux jeunes princes, les appelait les pages (le r amiral.

Malgré la résolution qu'elle avait déployée, la reine de Navarre n'en sentait pas moins le coup qui la frappait comme parente en frappant tout le parti. « Quant à mes nouvelles, elles sont très bonnes,» écrivail-elle, « hor-

mis Textrême ennui que nous avons eu de la perte de feu Monsieur de Condé mon frère : je m'assure qu'en avez eu votre part; mais notre consolation est qu'il est mort au vrai lit d'honneur, d'âme et de corps pour le service de son Dieu et de son roi, et le repos de sa patrie. »

Le courage de l'armée était relevé ; mais pour continuer la guerre il fallait de l'argent. Sans hésiter, la reine de Navarre donna ses pierreries, ses joyaux, qu'elle avait apportés du Béarn, trésor héréditaire de la maison d'Albret , brillante parure des fêtes royales , or et diamants qui allaient se changer en fer. Henri de Condé , La Rochefoucauld, l'amiral et tous les chefs suivirent à l'onvi cet exemple. Les dons ainsi réunis furent envoyés à Londres, et, moyennant de gros intérêts, des sommes considérables furent avancées sur ce gage. Toutefois , cette ressource aurait été bien vite épuisée. Sur la proposition do Jeanne d'xVlbret, tous les biens ecclésiastiques, situés dans les provinces que les Calvinistes occupaient, furent mis en vente. 3Iais quelles garanties auraient les acheteurs pour la possession de ces biens que la force des armes leur offrait, et que la force des armes pouvait leur reprendre? Ce fut encore la reine de Navarre qui leva cette difficulté : elle proposa pour hypothèque ses propres biens et ceux de ses enfants. Ce nouvel exemple fut suivi comme le premier, et de nombreux acquéreurs se présentèrent.

En outre, des commissaires furent choisis pour emprunter partout au nom des princes. L'un d'eux était d'Andelot, dont le caractère personnel inspirait une confiance toute particulière. Il parcourut le Poitou, faisant opérer des ventes, s'occupant de l'emprunt, levant des soldats, se multipliant par son activité. ]\[ais. comme il

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s'en revenait, il tomba malade à Saintes, et fut emporté en peu de jours, le 27 mai to69. Sa mort, qui fut attribuée à une fièvre contagieuse, donna lieu aussi à des soupçons d'empoisonnement. La bravoure de d'Andelot l'avait fait appeler le chevalier sans peur. A la valeur qui lui avait mérité re titre, dont bien d'autres guei'riers contemporains pouvaient être également dignps, il joignait ce que ceux-là même n'avaient pas tous, les plus honorables qualités privées : « Il étoit, » dit d'Arcère, « rigide et zélé sectateur de la Réforme, dont il avait embrassé les opinions de bonne foi ; grand homme de guerre, génie fécond en ressources dans un métier hasardeux, qui en demandoit tant, et d'un courage aussi éclairé qu'intrépide. » On transporta ses restes à La Rochelle, et la reine de Navarre se fit un pieux devoir de les accompagner jusqu'au heu où ils furent provisoirement déposés dans cette ville.

La mort de d'Andelot privait Goligny d'un frère uni avec lui par une étr/^ite afifection et d'un compagnon d'armes qui lui était précieux. Par testament, d'Andelot lui légua , en quelque sorte , ses quatre fils , dont l'aîné n'avait pas quatorze ans: mais l'amiral ne devait pas avoir longtemps à remplir cette mission paternelle dont il se chargea près de ses neveux ; et cependant il était destiné à survivre également à son autre frère, le cardinal de Châtillon, pour qui la présomption d'empoisonnement peut être considérée comme une certitude. Nous verrons que l'arme horrible qui atteignit au moins un des frères de l'amiral voulut aussi s'attaquer à sa vie; mais contre lui le fer fut plus sûr. L'année précédente (1568), il avait perdu sa femme Charlotte de Laval, honorée des Catholiques comme des

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Protestants, et qui fut victime de son dévouement à soigner les blessés. Presque en même temps, le fils aîné de l'amiral, Gaspard, âgé de quatorze ans, était mort à Orléans, emporté par une maladie pestilentielle ; accumulation de malheurs faite pour abattre un moins ferme courage.

Pour compenser la perte de d'Andelot et achever de réparer la journée de Jarnac, les Calvinistes comptaient sur un important secours qui leur venait. Sollicité par le feu prince de Condé et par la reine de Navarre, qui avait chargé de cette négociation Barbier-Francourt. son chancelier, Wolfgang de Bavière, duc de Deux- Ponts, avait réuni, pour le service de la cause protestante en France, un corps de six mille cinq cents hommes de cavalerie (reîtres) et de six mille hommes de pied (lansquenets). Pour lieutenant, il avait Wolrad de Mansfeld, un des bons capitaines de l'Allemagne. Il était aussi accompagné du prince d'Orange et de son frère, le comte Louis ou Ludovic de Nassau. Ce prince d'Orange était Guillaume le Taciturne, le grand homme que rien ne décourageait dans l'œuvre sublime qu'il avait entreprise, la délivrance des Pays-Bas. A la suite d'un de ces revers dont il se relevait toujours infatigable, il avait été, avec quelques centaines de cavaliers (jui lui restaient, se joindre au duc Wolfgang pour retrouver un champ de bataille en France et y combattre encore l'Espagne et l'Inquisition, en combattant leurs alliés. Environ deux mille Huguenots français renforcèrent, avec lui, les troupes allemandes. Ils étaient commandés par François Hangest de Genlis, Mouy, Esternay, Feuquières, d'Autricour, Morvillers, Renty. le marquis de Resnel. Ces gentilshommes et leurs sol-

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