QUATRIEME PARTIE
baque. Bonasse, Rutie, Tasta, Supersantis, etc., suivis de nombreuses recrues des vallées voisines, étaient entrés dans Oléron. En arrivant, d'Arros trouva les portes fermées, et, du haut des remparts, des arquebusades l'accueillirent. Ne consultant que son courage, il se mit en devoir de forcer l'entrée par une attaque vigoureuse. Deux braves officiers, La Mothe et le jeune Gratien de Lurbe, avaient déjà pénétré dans le faubourg Saint-Pierre, quand la défection gagna jusqu'à leurs soldats, et ils furent forcés de battre en retraite. Alors, le baron d'Arros fit venir le capitaine Esgarrabaque, qui s'était engagé à faire rendre la ville, s'il en était besoin. On l'amena aux pieds des murs, afin qu'il tînt sa promesse: mais ses propres fils repoussèrent toute proposition, et d'Arros fut contraint de se retirer.
Ce succès des rebelles détermina l'explosion si bien préparée. Lusse, Gerdretz, La Nusse, d'Eschaux, Damesan, Armandaritz, Peyrelongue, de Goas, tous les seigneurs factieux, déjà maîtres du pays basque ou Basse-Navarre, entrèrent de tous côtés dans le Béarn. Le désordre ou la trahison étaient presque partout, et cependant les rebelles ne se croyaient pas encore certains du triomphe. D'Arros, loin de renoncer à la lutte, menaçait de revenir sur Oléron avec des forces suffisantes et de l'artillerie. Sainte-Colombe écrivait au vicomte de Terride, dans les termes les plus pressants, pour hâter son arrivée. Le général français franchit en effet la frontière béarnaise, et le succès de la révolte parut complet. D'affreux excès marquèrent les pas des factieux et de leurs alliés. Pontac, entre autres, essuya toute leur fureur. L'industrieuse petite ville de Nay
leur résista courageusement, grâce à l'énergie de son consul ou premier magistrat municipal ; mais livrée à Sainte-Colombe et à Goas, par quelques-uns des habitants, elle fut saccagée de la manière la plus horrible. Ceux qui étaient signalés comme fidèles à la reine furent égorgés avec une férocité sauvage, fussent-ils catholiques. Ce titre ne sauva pas un vieillard de soixantedix ans, nommé Bonfils, qui fut traîné dans les rues, la corde au cou. arquebuse, et enfin précipité dans le Gave.
Le comte de Gramont, qui avait d'abord paru ferme dans son devoir, n'avait pas tardé à suivre l'exemple presque général. Étant venu à Navarreins, il obtint du baron d'Arros la liberté d'Es^arrabaque. Il promettait, en échange, de faire rendre Oléron ; puis, il ne tint aucun compte de cet engagement, disant qu'il ne faut pas garder la foi aux hérétiques. Peut-être était-il jaloux de la préférence donnée à d'Arros pour cette haute mission de la lieutenance. Se réservant une porte auprès du plus fort, sans néanmoins se mêler d'une manière active aux ennemis de la reine, Gramont se retira dans son château de Bidache, où il se tint dans une sorte de neutrahté. On doit dire cependant qu'un granl nombre de Protestants v trouvèrent un asile, parmi lesquels \o ministre Olhagaray, père de l'historien. D'autres maisons catholiques ne se montrèrent pas moins hospitalières : telles furent celles des seigneurs de La Motte- Gondrin et de Campagne
Le baron d'Audaux, sénéchal de Béarn, avait attendu jusque-là les événements. Lorsqu'il vit triompher la rébellion et linvasion étrangère, il cessa de feindre, et proclama l'intervention française comme une garantie,