‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 76 sur 140 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

aussi constamment la faculté de voir sa famille, qui fut préservée de toute insulte et de tout mauvais traitement. A la nouvelle de l'occupalionde Pau, le Parlement de Bordeaux avait cru le moment arrivé p -ur effectuer la saisie du Béarn, ainsi qu'il en était chargé. A cet etïet, il envoya deux commissaires, l'avocat général Miramon et le conseiller Sabatier; mais, avant qu'ils fussent arrivés à Pau, Terride leur écrivit de surseoir encore, jl jugeait prudent d'user de ménagements, de retarder l'exécution de ses propres mesures, en ce qui pouvait froisser le plus le sentiment national. Les afTreux excès commis par les prétendus libérateurs commençaient l\ dessiller les yeux, et aidaient au réveil du sentiment patriotique. La plupart des Béarnais déploraient l'espril de vertigeetde confusion auquel ils av.iientcédé; ils se rappelaient le bonheur et la paix dont ils jouissaient avant ces jours funestes. Dans un coin reculé du pays, dans la Vdllée dOssau, une faible population de pâtres avait su se préserver de pareils malheurs. Au miheu du bouleversement général, ces braves gens ne démentirent pas le dévouement dont ils avaient fait preuve dans d'autres circonstances, et restèrent inébranlables dans leur fidéhté. Eux et leurs rustiques magistrats, les jurats des communes, ils défièrent jusqu'à la finies injonctions et les menaces que fulmina contre eux le pouvoir usurpateur. Cet exemple pouvait être dangereux, si l'on ne tenait aucun compte de la réaction qui commençait à se faire sentir dans les esprits. Avant d'aller plus loin, il était nécessaire de réduire Navarreins, cette dernière forteresse par où le pouvoir légitime conservait pied dans le pays, et ce fut de ce côté que Terride dirigea tous ses efTorts.

Navarreins ou Navarrenx, aujourd'hui simple cheflieu de canton, renfermant dix-huit cents à deux mille âmes, et place de guerre de quatrième classe, mais à qui cette mémorable page mérite de faire seule une histoire, est situé à cinq lieues ouest de Pau, sur le Gave d'Oléron. Quatre bastions et des murailles très élevées, surtout du côté du levant, formaient ses défenses. Fortifiée par les rois de Navarre avec un soin particuher, cette place était celle qu'ils regardaient comme leur dernier refuge dans les périls qui menaceraient leur couronne; aussi avons-nous vu que, dans une de ces circonstances critiques, Jeanne d'Albret l'avait choisie pour tenir tête à ses ennemis, s'ils envahissaient toutes ses autres villes. Dans la prévision d'une extrémité semblable, d'Arros avait approvisionné Navarreins en vivres et en munitions de guerre, pour que ses ressources ne fussent pas épuisées avant son courage.

Citons tous les noms qui ont survécu, parmi les braves qui engagèrent et qui soutinrent cette partie presque désespérée. Avec d'Arros et Montamar, c'étaient Bassillon commandant de la place : Henri d' Albret-Miossens, issu d'une branche bâtarde de la maison d'Albret, et dont la mère, Suzanne de Bourbon-Busset, avait été gouvernante du prince de Béarn; François de Navailles, Poqueron, de Salles, Brasselay, Castade, Gratien de Lurbe, deux fils du baron d'Arros, Gasabon, Moret, les deux La Mothe, Spalungue, Pierre Rey (ou Roy), Bassillac, Aramis (ou d'Aranies), d'Amon, Arauces, Higuères, de La Fitte, d'Yssi, du Frexo, de Baure l'aîné, Le Pieyre, Lomagne, frère du vicomte de Terride, les barons de Montblanc et de Viday, gentilshommes gas-

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