‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 77 sur 140 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

cons. Enfin, à ce rendez-vous que les Béarnais fidèles s'étaient donné, nous trouvons Armand de Gassion, procureur général près le Conseil souverain, digne continuateur de Jean de Gassion, le dévoué serviteur qui aida si bien à l'évasion de Henri d'Albret en ItaHe. Armand de Gassion vint représenter dans Navarreins la magistrature béarnaise, et il n'apporta pas seulement le concours de son autorité morale et de ses sages avis ; au lieu de la robe du magistrat, on le vit endosser vaillamment la cuirasse du guerrier.

Le 27 avril, le siège en règle fut commencé. Terride attendait de Dax et de Bayonne sa grosse artillerie. Il alla lui-même la recevoir à Orthez, où il établit son magasin de munitions. Il avait sous ses ordres ses deux compagnies de gendarmerie et celle du comte de Négrepelisse, leste et belle troupe d'élite: le corps du baron d' Audaux, commandé par Saint-Salvi, frère du général en chef, et par Sainte-Colombe ; les deux compagnies du baron de Damesan, les deux du baron de Lusse et trente-trois compagnies d'infanterie, dont les capitaines étaient Goas, Podens, Roquelaure, Lartigue, La Gruère, Pordéac, Montant de Chalosse, le vicomte Labatut, Stevic, Angosse, Lisos, Segnalaas, Roquepine, Bertoumieux, Barbanton, Cornac, Auront, Horgues, Saint-Martin, Dus, Bédorède, Habas, Pierre du Thil, Bonasse, Sus de Bourgader, le vicomte d'Eschaux. Aroué, Saint-Estevin et Armandaritz. En tout, cette armée comptait douze mille fantassins et dix-huit compagnies de cavalerie.

Les assiégés, cependant, ne se tenaient pas renfermés derrière leurs murs. Le 2 mai, ils firent une sortie et poussèrent jusqu'à Audaux. Ils forcèrent l'entrée de ce

bourg, en brûlèrent les premières maisons et contraignirent l'ennemi à se réfugier dans le château. Le conseil de l'armée assiégeante résolut alors de resserrer l'investissement et de prendre la ville par la famine, tout en lui faisant essuyer un feu continuel d'artillerie. Terride distribua ses troupes dans les villages d'alentour. Quatre pièces de gros calibre furent mises en batterie sur les hauteurs de Monbalon, à cinq cents pas des murailles, et d'où l'on découvrait en plein les rues. Quand, le 24 mai, douze volées de ces pièces tonnèrent sur la ville, ce fut d'abord un grand émoi parmi les habitants; mais ce premier trouble étant dissipé, tous à l'envi s'employèrent à seconder la garnison. Ceux qui ne pouvaient combattre, les femmes, les vieillards, avaient aussi leur emploi j ils travaillaient à réparer les brèches, à compléter les défenses. Dès les premiers jours du siège, des intelligences que l'ennemi s'était ménagées avaient failli causer une terrible catastrophe. Un complot était tramé pour faire sauter le magasin de poudre, par la main de deux enfants. Les traîtres furent découverts et reçurent le châtiment de leur crime.

Sur le Gave d'Oléron est un pont dont les assiégés étaient maîtres. Le 27 mai, l'ennemi voulut le brûler au moyen d'une grande quantité de soufre, de poix, de matières combustibles par lesquelles le feu s'y communiquerait ; cette tentative fut prévenue et repoussée ; le pont resta aux assiégés, ainsi que le libre abord de la rivière, « où ils allaient pêcher, laver les lessives et abreuver les chevaux. » Le 29, malgré la canonnade qui continuait vigoureusement, ils célébrèrent la Gène, demandant à cette sainte cérémonie courage et vigueur

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