‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 78 sur 140 · QUATRIEME PARTIE, 15G · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE, 15G

dans la lutte inégale qu'ils soutenaient. Le surlendemain, ainsi fortifiés par le pain et le vin du Seigneur, ils firent une sortie non moins heureuse que la précédente. Elle fut conduite par les capitaines Poqueron, Moret, Castade et Brasselay, ce dernier commandant les arquebusiers, — et causa de grandes pertes aux assiégeants. Mais ceux-ci conservaient des affidés dans la ville, et le dernier fil de la trahison n'était pas coupé. Ce même jour, un autre complot, suite du premier, et ayant un but pareil, fut encore découvert et puni.

Le siège durait depuis plus d'un mois, sans que Terride, avec tous les moyens dont il disposait contre cette petite place, eût encore livré l'assaut. Au contraire, c'étaient les défenseurs de Navarreins qui, de jour en jour plus hardis, harcelaient et attaquaient sans cesse l'armée assiégeante jusque dans ses lignes. Le 5 juin, le capitaine Castade tomba sur les postes ennemis vers Mériteins, les culbula et leur tua vingt hommes. Le 12, Brasselay, à la tête de cinquante braves, assaillit les tranchées les plus voisines des remparts, et mit en fuite les assiégeants, qui laissèrent sur la place le capitaine Roquelaure, avec plusieufs autres officiers. Brasselay ramena prisonnier l'enseigne de la compagnie de Lisos, et rapporta un abondant butin d'habits, d'armes et de vivres.

Cette résistance vigoureuse déconcertait les assiégeants. Les milices recrutées par la noblesse, et qui ne s'attendaient pas à une lutte si sérieuse et si prolongée, allaient se débandant sans discipline et sans frein. Leurs propres excès tournaient contre elles : ce n'est pas par le désordre et le pillage que se forment des soldats. Temde, voyant de quels éléments se composait en grande

partie son armée, et ce qu'il pouvait en attendre , était d'avis de lever le siège; mais les seigneurs révoltés, Lusse, Audaux, Bonasse, Sainte-Colombe et leurs amis, insistaient fortement pour qu'il fût continué ; ils s'étaient trop compromis par leur rébellion, par le mal qu'ils avaient fait à leurs adversaires, et il leur était nécessaire de les voir écrasés à tout prix.

Pendant que le siège de Navarreins traînait ainsi en longueur, Lamarque, valet de cbaml)re de Charles IX, était arrivé au camp catholique. Il apportait des dépêches pour Terride et pour les Etats. En vertu de ces ordres, Ten-ide les convoqua pour le 5 juin à Lus. Cette convocation fut faite au nom du roi de France, preuve assez claire que, malgré la vaine formule : au nom de la dame souveraine, c'était le monarque étranger qui commandait, traitant désormais le libre Béarn comme une province de son royaume. Ces prétendus Etats n'avaient qu'à s'incliner devant le maître nouveau qu'ils s'étaient donné. Pour suppléer aux ressources amassées par la sage administration de la maison d'Albret, et qu'avaient dévorées quelques mois de révolte et d'anarchie, il fallait absolument de l'argent, et ce fut à l'Espagne, cette terre ennemie, qu'on s'adressa. Un emprunt de trois mille ducats y fut conclu sous l'hypothèque du pays.

On tendit aussi la main vers le roi de France. Des députés lui fiu'ent envoyés pour le remercier, et chargés, en outre, « de supplier Sa Majesté d'employer ses finances pour l'accomplissement et perfectionnement d'une affaire si heureusement commencée. » Cette assemblée, qui était censée agir au nom de la reine, s'empressa d'abolir ses ordonnances, déclara les Protestants

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