QUATRIEME PARTIE, 1568- lo
exclus de tout emploi, et prononça la saisie et la confiscation de leurs biens.
A la place de l'antique et vrai Conseil souverain, il fut créé une sorte de comité dirigeant dont le président fut le conseiller Jean de Bordenave. Il eut pour collègues Jérôme de Marca, qui avait partagé son empressement à saluer les enseignes étrangères, Guillaume de La Borde, François Du Puy, et François de Poëi de Busy. Par une apparence de respect pour les constitutions du pays, qui exigeaient pour toute cour ou tribunal un nombre de sept membres au moins, ce conseil fut complété quelque temps après par Pierre Arbusio et Bernard Sorberio, «homme sage et peu remuant, et moins malicieux contre ceux de la Religion; » mais ses dispositions modérées étaient complètement paralysées par la violence de ceux auxquels on Tassociait. Les fonctions éminentes de procureur général furent livrées à Supersantis, ce chef de bandits, la sédition personnifiée. Non content de l'exclusion absolue dont les Protestants étaient frappés, il y ajouta l'emportement et l'injure. « Sortez, Huguenots méchants! » criait-il; « sortez au » diable, comme indignes d'exercer aucun état ! » Henri de Navailles, sieur de Péré, nommé commandant de la ville de Pau (on a lu le nom d'un autre Navailles dans la liste des défenseurs de Navarreins), fut l'auxiliaire le mieux assorti à ce farouche pouvoir. Les faibles ménagements gardés par Terride étaient désormais re jetés bien loin. Au poids de la tyrannie se joignit l'horreur des exécutions. Un grand nombre de ministres, entre autres Vignaux, Alesieux, Honorât, Pierre Du Bois, Augier du Plantier, Antoine Pourrai, etc., furent livrés au supplice. Si Pierre Yiret ne parîaa'on pas leur sort, c'est
que Montluc avait écrit à Terride de le garder en vie avec quelques autres, les plus chers aux Huguenots pour les échanger contre son guidon, prisonnier à Montauban. Par une chance singulière, ce furent ainsi le mérite et la célébrité de Viret qui firent son salut. A Oléron, les fils d'Esgarrabaque étaient maîtres. Ils saisirent le ministre Buisson et son collègue Pantelo, échappé à une des séditions précédentes, mais que rien, cette fois, ne sauva; ils les envoyèrent tous deux devant Navarreins, sous prétexte de les employer à des négociations avec les assiégés, et là ils les firent massacrer. La femme de Buisson, traînée au camp avec son mari , fut abandonnée à l'impure brutalité d'une soldatesque féroce. Une apparence de procédure paraissant trop longue aux factieux d'Oléron, ils trouvèrent plus commode d'égorger dans la prison même. On prétend que les principaux du parti, et à leur tête l'évêque Regin, assistaient h ces horreurs, en y applaudissant par leurs rires. Les cadavres, jetés dans des charrettes, étaient livrés aux flots bouillonnants du Gave.
La magistrature, le Parlement de Pau, compta aussi ses victimes. La plus illustre fut Guillaume de La Vigne, qui tomba de son siège de président aux mains des bourreaux. Le peuple, courbé sous un régime de fer, voyait avec une mome stupeur mener à la mort ces hommes respectés, aussi courageux à leur dernière heure qu'ils avaient été austères et purs dans toute leur carrière. Ces exécutions étaient pour Péré un amusement où il insultait à ceux qu'immolait sa barbarie. « Après souper, » dit Olhagaray, « il les faisoit descendre de la prison, et soudain les Uvroit ès-mains du bourreau qui les menoit u gibet avec deux tambours et