‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 80 sur 140 · QUATRIEME PARTIE, Î5G · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE, Î5G

deux fifres, et sa femme les suivoit pour en avoir le passe-temps ; s'il ne faisoit pas cela le soir en se couchant, il prenoit conseil de ses gens qui l'avisoient de celui qui seroit propre à leur donner à leur lever du plaisir. » La persécution fut organisée dans le pays entier. Les confiscations étaient, pour l'avidité de ceux qui les ordonnaient, un stimulant à multiplier leurs coups. Nonseulement il n'y avait sûreté pour aucun Protestant, mais encore tout Catholique suspect d'attachement à la reine n'était pas épargné davantage. La campagne était en proie aux soldats débandés des barons. Ceux de Lusse, de Damesan et d'Abbadie, ayant saisi plusieurs habitants du village de Lagor, les attachèrent aux fenêtres des maisons et les tuèrent, faute d'obéir à cette injonction : Convertissez-vous ; l'un d'eux, avant d'être massacré, fut à demi brûlé dans un four. On vit des femmes, des jeunes filles, montrer pour leur foi le courage le plus héroïque. Une mère de famille, nommée Miramonde,que l'on voulut contraindre d'abjurer à force de tourments, ne cessa d'exhorter son mari, vieillard infirme, et ses enfants, à persévérer comme elle dans leur croyance. Un soldat, voyant une fille dans les champs, courut à elle ; mais celui-là n'eut pas afTaire à une victime sans défense. La Béarnaise l'attendit, et saisissant un couteau qu'elle avait à sa ceinture, elle l'abattit à ses pieds. Des haines particulières, des passions féroces profitaient d'un triomphe de parti pour se satisfaire. Dans la vallée d'Aspe, les habitants de Lers marchèrent en armes pour massacrer leurs voisins du village dOsse , qui n'eurent que le temps de s'enfuir. C'était partout un spectacle de brigandage, de désolation, de ruine et d'effroi.

m HISTOIRE DE JEANNE D'ALBRET.

Des paroles d'encouragement et d'espérance, envoyées par la reine, venaient soutenir la constance des vaillants défenseurs de Navarreins, et relever, consoler les cœurs abattus sous une sanguinaire tyrannie. Un écuyer du prince de Béarn, M. de Lons, avait pu, à travers mille dangers, pénétrer dans la place. Le secours dont il apportait l'espoir devenait de plus en plus nécessaire. L'opinion qui insistait pour la continuation du siège avait obtenu gain de cause, et quoiqu'il ne fût plus, à vrai dire, qu'un blocus, il était impossible que les assiégés, abandonnés à eux-mêmes, ne finissent pas par succomber. En attendant la famine, la trahison, deux fois déjouée, pouvait enfin réussir. Informée de l'état des choses, et incapable de bercer avec de vaines paroles ses sujets opprimés et les fidèles champions de sa cause, la reine faisait tous ses eftbrts pour réaliser les espérances qu'elle leur donnait. Mais Coligny, ayant à réparer le rude échec de Jarnac, se montrait peu disposé à détacher une partie de ses forces. Quelque intéressante que fût la position du Béarn, il jugeait indispensable de concentrer tous ses moyens d'action, et il était difficile de contester la valeur des raisons présentées par l'illustre capitaine.

Ce fut donc à ses seules ressources que Jeanne dut avoir recours. Dès qu'elle eut reçu les fonds que lui procurèrent ses joyaux, mis en gage à Londres, elle se hâta de les envoyer dans le Ouercy aux quatre vicomtes, Bruniquel, Montclar, Gourdon et Paulin, dont elle s'était assuré le concours. Elle les prévenait de tenir prêtes, pour entrer en Béarn, les troupes qu'ils auraient rassemblées. Aucun de ces quatre chefs, égaux ou même rivaux entre eux, ne pouvait avoir assez d'autorité sur

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