‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 8 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à la maison de Navarre le duché de V endôme, le comté de Marie et la châtellenie de La Fère , en Picardie, et plusieurs autres terres importantes. Le cardinal de Bourbon, frère d'Antoine ( celui que, dans la suite, la Ligue proclama roi de France sous le nom de Charles X. après la mort de Henri III), céda au nouvel époux, en faveur de cette alliance, la terre de Gondé, avec celle de La Fère en Brie. Il fut stipulé que le trône de Navarre et tous les domaines provenant des deux familles appartiendraient par succession à l'aîné des enfants mâles, qui porterait, avec les armes de Navarre, les fleurs de lis des Bourbons.

Ce mariage, environné, comme l'avait été celui de Jeanne avec le duc de Clèves, de tout l'éclat des noces royales, fut célébré à Moulins, le 20 octobre 1548. La princesse de Navan-e avait vingt ans; le duc de Vendôme, né en 1518, en avait trente.

Sur la nouvelle de ce mariage, Charles-Quint assembla aussitôt, à Pampelune, les États navarrais, et y fit proclamer son fils roi de ce pays. C'était une consécration solennelle de la spoliation de 1512. D'un autre côté, dans le testament dont nous avons parlé plus haut, il avait paru reconnaître les droits de la maison d'Albret; mais il prit soin d'ajouter un codicile dont les termes ambigus pouvaient être interprétés dans l'intérêt de ses successeurs, comme ils le furent en effet.

Henri d'Albret et Marguerite revinrent dans leurs États avec leur gendre et la nouvelle duchesse de Vendôme, à qui l'on fit partout grande fête. Mais ces joyeuses acclamations étaient impuissantes à dissiper les douloureux pressentiments de Marguerite, joints à la morne tristesse que lui avait laissée la mort de son frère. Elle

:Ai lllSiOlUK i)K .lEANM-: D'ALBRET.

mourut, comme on l'a vu, dans les derniers jours do 1549, quatorze mois après le mariage de sa fille.

Par son inclination pour le duc de Vendôme, Jeanne s'était trouvée pour la première fois en désaccord avec une mère qu'elle aimait et qu'elle appréciait d'ailleurs de toutes les forces de son âme. Sa douleur fut amère et profonde. Après cette immense perte, elle suivit son mari dans la Picardie, dont il était gouverneur. Là, au château de Coucy, le 15 septembre 1550, elle accoucha de son premier enfant, qui eut le roi de France pour parrain, et qui reçut, avec le nom de Henri, le titre de duc de Beaumont.

Confié aux soins de la femme du bailli d'Orléans, grand'mère du maréchal de Matignon, le jeune prince fut nourri dans cette ville. Par un faux système où elle s'obstina, malgré toutes les représentations, la vieille dame le tenait constamment dans une chambre toujours fermée, avec un feu continuel brûlant dans le vasto foyer, prétendant qu'il « vaut mieux suer que trembler, » et que « les enfants sont transis (juand les corneilles baillent de chaud. » Le jeune duc s'étiolait et dépérissait dans cette espèce de serre chaude. Jeanne en fui avertie, elle enleva son fils à ce funeste régime. Malheureusement, il était trop tard : comme une plante épuisée,il ne fit plusque languir et mourut à vingt-trois mois.

La même année (1552), au château de Gaillon, en Normandie, la duchesse de Vendôme mit au monde un second fils. Se reprochant de n'avoir pas fait nourrir le premier sous ses yeux, elle se promit bien qu'il en serait autrement pour celui-ci. Le succès complet de ses soins, la force et la beauté de cet enfant, faisaient la joie et l'orgueil de Jeanne. Elle partit pour se rendre

Page 1