‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 81 sur 140 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

les autres pour assurer l'unité vigoureuse du commandement. Jeanne jugea donc nécessaire de choisir pour l'expédition qu'elle préparait un général devant qui toute prétention s'effarât. Cette grande mission fut confiée à Gabriel de Lorges, comte de Montgomery.

C'était un vaillant capitaine, dans la maturité de l'âge, unissant l'habileté à la résolution et à l'audace. Revendiquant une origine écossaise, il avait commandé les troupes que François P^ envoya, en 1545, au secours de Marie de Lorraine, régente d'Ecosse et mère deMarie- Stuart. Après le fatal coup de lance qui coûta la vie au roi Henri II, Montgomery, poursuivi par le ressentiment acharné de Catherine de Médicis, comme s'il y avait eu crime et non pas malheur, n'avait pas trouvé dans ses terres de Normandie un asile assez sûr, et s'était réfugié en Angleterre. Ayant embrassé le Calvinisme, et revenu en France quand la première guerre civile éclata, c'était lui qui avait défendu Rouen en 1562, lors du siège où Antoine de Bourbon fut frappé. Il s'était ainsi trouvé en face de l'époux de Jeanne, lorsque celui-ci se fut déclaré Tennemi de sa propre femme, et il allait combattre pour elle plus directement encore.

Guidée par sa parfaite connaissance des lieux, Jeanne lui traça elle-même sa marche et son plan de campagne. Elle lui indiqua les chemins des montagnes, les passages des rivières. La manière dont elle avait su échapper à Montluc prouvait assez que ses conseils n'étaient pas à dédaigner pour le meilleur capitaine : mais ce souvenir même devait rendre l'ennemi plus attentif et ajouter par là aux difficultés de Tentreprise. Il fallait le plus grand secret, beaucoup de rapidité, une vigueur de main peu commune, pour traverser des

provinces dont l'ennemi était maître, atteindre le but marqué au moment précis, et frapper avant d'être attendu. « Les Huguenots ont eu toujours cela, » dit MontJuc, « qu'ils ont été plus secrets que nous; ils ne se découvrent guère : voilà pourquoi leurs entreprises ne font guère faux feu. » Il se préparait, d'après les ordres du duc d'Anjou, à attaquer la petite armée des Vicomtes; mais Clermont de Piles et d'autres braves gentilshommes surent l'occuper assez pour le retenir sur les bords de la Garonne et de la Dordogne, coûtant ainsi les troupes dont Montgomery allait prendre le commandement, et qu'il trouverait dans l'Albigeois. Des bruits adroitement répandus achevèrent de donner le change aux généraux catholiques, et les jetèrent dans une erreur ou dans une incertitude complète. Montségur, à quelques lieues de La Réole ; Montflanquin, au nord du Lot; Moissac, sur le Tarn, et Nérac, étaient les principaux points gardés par Montluc ou ses lieutenants. A Toulouse, se tenait Montmorency-Damville, ayant sous ses ordres Joyeuse, Bellegarde, Négrepelisse et plusieurs autres capitaines dont les compagnies étaient cantonnées aux environs.

Quand l'armée calviniste eut fait sa jonction avec les Allemands, elle avait marché sur Nontron, dans la partie du Périgord qui touche le Limousin, et s'en était emparée. Ce fut de là que partit Montgomery, avec deux cents hommes seulement, après avoir fait à Jeanne le serment de lui rendre ses États ou de mourir à la peine. Il passa la Dordogne à Souillac, et, recrutant du monde sur son chemin, il arriva, par le Quercy, dans l'Albigeois, où les Vicomtes l'attendaient. Sa ré- ])utation militaire, jointe à la mission que la reine lui

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