‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 82 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE, lo68-1570. 2g · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, lo68-1570. 2g

avait contiée, les rallia franchement sous ses ordres, union d'heureux présage pour les succès futurs.

A Castres, Montgomery, sur la première nouvelle de son arrivée, vit accourir près de lui Caumout-Laforce et une foule d'autres gentilshommes protestants. Parmi ceux qui s'étaient déjà réunis aux Vicomtes, il faut citer le baron de Biron, frère cadet du maréchal de Biron, grand-maître de larlillerie. Tous les deux furent élevés dans l'Église réformée, et le maréchal avait été page de Marguerite de Valois ; mais assez indifférent en religion, il professa celle de la cour, dans l'intérêt de sa fortune, et il appartenait à la nuance qu'on appelait les Catholiques pulitiques ou le tiersparti. Pour le baron de Biron, il était resté très dévoué à la cause protestante et particulièrement à Jeanne d'Albret. Pendant cette campagne du midi, il lui écrivait : « Dieu veuille que ce soit pour le mieux ! Ce m'est autant de mourir en la campagne pour le service de Votre Majesté, que partout ailleurs. » Il fut tué peu de temps après, à la bataille de Moncontour.

Prévenu par la reine, le baron de Montamar avait pu sortir de Navarrems, pour se porter au-devant du secours qu'elle envoyait. La marche de Montgomery était calculée, tracée, exécutée avec une telle précision, qu'ils se rencontrèrent aussi ponctuellement qu'au rendez-vous le plus paisible. Montamar amenait soixante cavaliers d"élite et un égal nombre d'arquebusiers. Encore un de ces tristes résultats des guerres civiles qui partageaient les membres d'une même famille entre les camps ennemis : le vicomte de Terride avait trois frères, dont l'un, Saint-Salvi, était avec lui à son armée-, un second, Lomagne, se trouvait parmi les dé-

fenseurs de Navarreins, et le troisième, le jeune Sérignac, était rangé sous la même bannière que ce dernier, et marchait avec Blontgomery contre les deux autres (1).

Si l'on suit sur la carte l'itinéraire de Montgomery, on verra par quel long détour il se dirigeait vers son but, moyen le meilleur pour y parvenir. Après avoir organisé ses troupes et distribué les commandements, il partit de Castres le 27 juillet. Il ne menait avec lui ni bagages ni vivres, pour faciliter sa marche dans les chemins presque impraticables qu'il allait suivre, sous le ciel ardent d'un été du midi. Pour nourrir ses troupes, l'audacieux général comptait sur la victoire et sur le zèle des habitants calvinistes. Il avait jusque-là marché vers le sud-est; par un brusque changement, il tourne vers le sud-ouest, culbute à Puylaurens un détachement commandé par Négrepelisse, qui veut lui disputer le passage. Quittant la grande route, il se jette dans les montagnes et pénètre dans le comté de Foix par Mazères. Une défense non moins vigoureuse que celle de Navarreins avait conservé cette place à la reine, malgré les efforts redoviblés des chefs catholiques. Montgomery avait en ce moment sous ses ordres quatre mille hommes d'infanterie et cinq cents chevaux.

Les villes voisines avaient des garnisons qui devaient, selon les calculs de Damville, harceler et, retarder Montgomery de manière à donner au général catholique le temps de l'atteindre et de l'accabler. Mais, trompant

(1) On sait que, dans les familles nobles, les frères étaient ordinairement distingués l'un de l'autre par un nom de terre.

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