QUATRIEME PARTIE
toutes les prévisions de ses adversaires, Montgomcry passe entre leurs détachements, traverse avec une étonnante rapidité la contrée qui sépare la vallée de l'Ariége de celle de la Garonne, et tombe sur Saint-Gaudens, où les petites garnisons d'alentour avaient pu néanmoins se réunir. Les habitants, zélés Catholiques et animés par la voix du clergé, veulent rompre le pont sur la Garonne. L'avant-garde calviniste ne leur en laisse pas le temps; elle les taille en pièces, et, en un moment, elle reste maîtresse de la ville.
Sans s'arrêter, Montgomery franchit un massif de montagnes où jamais sans doute aucun corps de troupes n'avait passé. Il descend dans le Bigorre, et vient fondre sur Tarbes, où il fallait passer TAdour, cours d'eau impétueux qui, plus loin, devient un fleuve. Comme à Saint-Gaudens, quelques compagnies avaient eu le temps d'accourir et de se joindre aux habitants, exaltés aussi par les véhémentes exhortations des prêtres. Une résistance énergique était préparée. Il s'agissait pour Montgomery de forcer immédiatement le passage ; le succès de son entreprise, son salut même, était à ce prix. Sa cavalerie commence l'attaque; le pont sur l'Adour est emporté ; mais les habitants n'en continuent pas moins une défense opiniâtre. La furie des assaillants s'en accroît, et un dernier effort leur livre la ville.
Montluc, Damville, Bellegarde, Négrepelisse, le baron de Goas, un des principaux révoltés béarnais, combinaient leurs plans pour cerner la petite armée calviniste. Montgomery parvient à les éviter. Toujours par des chemins familiers aux seuls pâtres des Pyrénées, il arrive, la nuit du 6 aotit, à Pontac, sur terre béarnaise.
290 HISTOIRE DE JEA>>E DALBIŒT.
Depuis SOU point de départ, il n'avait pas parcouru moins de cent cinquante lieues.
Le lendemain, dès la pointe du Jour, sous les yeux de l'ennemi, qui n'ose l'attaquer, l'actif général traverse le Gave de Pau au-dessus de Coaraze, la cavalerie à gué, l'infanterie sur une sorte de pont formé avec des charrettes remplies de pierres. Laissant Pau à cinq lieues sur sa droite, c'est directement vers NavaiTeins qu'il se dirige. Les habitants croyaient presque voir une apparition merveilleuse. Tandis que les factieux épouvantés s'enfuyaient vers Terride, les Béarnais fidèles,—et c'était le plus grand nombre,— se portaient audevant de Montgomery, dont la marche était un triomphe et une fête. Il semblait qu'avec lui c'était Jeanne d'Albret qui revenait, et déjà tous les m.aux passés n'étaient plus qu'un rêve. Mais nulle part cet enthousiasme ne fut plus vif et plus touchant que chez les habitants de la vallée d'Ossau. Ayant à leur tête les consuls d'Arudy, bourg qui est comme le chef-lieu de cette contrée, ils accoururent en foule pour saluer le représentant de leur souveraine, dont ils avaient maintenu si fermement le drapeau déployé, et pour seconder de tous leurs moyens les troupes libératrices. Montgomery publia les pouvoirs dont la reine l'avait investi, et l'acclamation populaire les ratifia.
Jusqu'alors Terride, se reposant sur toutes les force.s réunies contre Montgomery, sur tant de barrières qui devaient lui fermer la route, n'avait pu croire à l'arri-^ vée de ce redoutable adversaire. Cependant, il fallut bien enfin qu'il se rendît à l'évidence. Un parti de trois cents chevaux, qu'il avait envoyé en reconnaissance, était revenu, chargé et poursuivi avec vigueur.
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Terride ne jugea pas à propos d'attendre sous les murs de Navarreins le général de la reine. Le 8 août il leva son camp, et se retira dans Orlhez avec les débris de son armée à moitié dissoute.
Le 9, dès le grand matin, la garnison et les habitants de Navarreins, ne voyant plus d'ennemis, s'assemblèrent dans le temple pour rendre grâce au ciel de leur délivrance. Le siège avait duré plus de trois mois, pendant lesquels la place tira 1,777 coups de canon. D'après Oihagaray, les assiégeants perdirent au delà de huit cents hommes, et les assiégés n'auraient eu que trentequatre morts par les coups de l'ennemi, et six par maladies. Ajoutons la proportion ordinaire pour le nombre des blessés, c'est-à-dire environ trois fois autant que de morts. Si l'on considère, en outre, qu'il ne fut pas livré d"assaut, que toutes les sorties furent des surprises heureusement exécutées, on jugera que la perte des assiégés put bien ne pas dépasser le chiffre indiqué par l'historien béarnais.
« Désireux de prendre un peu l'air, » les assiégés de la veille s'en allèrent jusqu'à Mériteins, qu*ils trouvèrent abandonné; puis, jusqu'au château d'Audaux qu'ils pillèrent et brûlèrent, pour punir la trahison du sénéchal rebelle. Aussitôt, celui-ci fit saisir un vieillard de quatre-vingts ans, qui avait un fils dans Navarreins, et il le fit jeter dans le Gave du haut du pont d'Orthez. Le torrent ayant rejeté vivant ce malheureux sur la rive, le sénéchal le livra sans pitié aux balles de ses soldats. Un autre vieillard, plus qu'octogénaire et bon catholique, Abère, baron d'Assouste, avait reçu et fêté Montgomery dans sa maison; le baron de Bonasse envoya trente arquebusiers qui le massacrèrent, et commirent
les plus odieux attentats sur une fille naturelle de ce vieux gentilhomme.
Montgomery ne donna pas à Terride le temps de respirer. Dès le 10 août, au lever du jour, il était devant Orthez. Cette ville est située sur la rive droite du Gave de Pau, que traverse un pont, défendu au milieu par une petite tour. Sur la rive gauche est !e faubourg de Départ, dominé lui-même par le village de Saint-Maigret, d'oïl l'on plonge sur la ville entière. Ce fut là que Montgomery prit position. A la garnison de la ville, aux troupes amenées par Terride, s'étaient joints les moines des couvents, dominicains, capucins, cordeliers, tous les armes à ia main, non pour un simple spectacle, comme fut depuis à Paris la fameuse procession de la Ligue, mais prêts à réunir dans le combat l'action à la parole. Quant aux monastères de femmes, ils n'étaient plus habités dès avant la guerre.
Après deux heures de repos laissées à ses troupes, Montgomery fit dire la prière. Bien inférieur en nombre, il n'attendait le succès que de la promptitude et de l'audace de Fattaque. Il ne fera pas un siège : c'est par l'assaut qu'il commence, par l'assaut en plein midi. A la tête de ses soldats, il se précipite sur le faubourg do Départ. Les barricades qui le défendent sont enlevées : des râteliers de chevaux arrachés à des écuries, servent d'échelles. Le faubourg est forcé. Ses défenseurs s'enfuient par le pont, sans avoir le temps d'en refermer les issues. D'un seul élan, les assaillants le franchissent après eux, et arrivent aux portes de la ville comme un torrent que rien n'arrête. Malgré les arquebusades qui les accueillent, tous les obstacles sont brisés, renversés, escaladés. Montgomery a pénétré dans les rues. Là, le