‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 84 sur 140 · QUATRIEME PARTIE, 1568- lo · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE, 1568- lo

combat continue furieux, désespéré, sans merci. Bientôt ce n'est plus qu'une boucherie, où le sang ruisselle et rougit les eaux du Gave, qui roulent et entraînent au loin les morts, tristes témoignages de cette terrible journée. La perte des Catholiques fut évaluée à deux mille cinq cents hommes. Surtout, il ne fut fait aucune grâce aux prêtres et aux moines mêlés parmi les combattants. Ceux qui ne périrent pas dans le massacre furent précipités par une fenêtre de la tour placée au milieu du pont. Ce nom, conservé jusqu'à nous, la fineslre deïis caperous (la fenêtre des prêtres), resta comme un souvenir traditionnel de cet aflreux épisode.

Voyant la ville perdue, Terride et les seigneurs révoltés qui combattaient auprès de lui s'étaient jetés à la hâte dans le château. A l'instant, Monlgomery fit pointer contre eux les canons qu'ils avaient abandonnés. Hors d'état de résister, Terride demanda composition. Son jeune frère, Sérignac, chez qui l'ardeur de la lutte n"étoufFait pas la voix de la nature, s'employa comme intercesseur auprès de Montgomery. Lui et deux autres officiers furent envoyés pour traiter de la capitulation et en régler les articles. Il y fut stipulé que tous les ministres détenus seraient mis en liberté surle-champ, et réintégrés dans leurs biens; que Terride resterait prisonnier jusqu'à ce qu'il fût échangé contre Comouaille, frère de Montgomery, et contre un autre seigneur protestant, le baron de Pouilly, à moins qu'il ne préférât payer une rançon de 800 écus au soleil; que les autres chefs resteraient aussi prisonniers jusqu'à leur échange contre des Calvinistes du même rang. Les soldats avaient la hberté de se retirer où bon leur semblerait, ou de prendre du service sous le dra-

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peau protestant; enfin, tonte rartillerie du château était remise au vainqueur.

Au nombre des prisonniers, on ne compta pas le baron d'Audaux. Quand il vit Montgomerv devant Orthez et près de commencer l'attaqnf dont il prévoyait l'issue, il avait fait retraite avec plusieurs autres officiers, sous prétexte de ramener des renforts. Ils se réfugièrent dans le pays basque, d'où ils étaient à portée de chercher en Espagne un asile encore plus silr.

Navarreins était donc délivré, le général chargé de se saisir du Béarn était prisonnier lui-même, son armée entièrement battue et dispersée. Mais la capitale restait encore au pouvoir d'une tyrannie qui redoublait de férocité en voyant approcher sa fin. Ce fut dans ces derniers jours, le 12 août, quand Montgomery était déjà triomphant, qu'eut lieu l'exécution de plusieurs des victimes les plus notables, celles du président de L;t Vigne, des pasteurs Pourrat et Du Plantier. Renfermé dans les remparts de Pau, le sanguinaire Péro assouvissait sans distinction sa rage expirante sur tous les rangs, sur tous les états, sur l'homme du peuple comme sur le noble, sur le pauvre comme sur le riche : il semblait, par ces suprêmes excès de barbarie, défier la vengeance et le châtiment qui s'approchaient.

Le 49 août, au matin, deux parlementaires, Lons et Montamar, vinrent, de la part de Montgomery , sommer Péré d'ouvrir les portes. Pensant (|ue le général protestant reculerait devant les dommages que causerait à la ville une attaque de vivo force, se flattant d'ailleurs d'être secouru par Montluc. Péré refusa d'abord de rien entendre. Mais quand Montgomery parut (lovant les remp^jrts. le férooo bourreau sentit la

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