‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 85 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE, 1568-1570. -m · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, 1568-1570. -m

lerreur le saisir à son toar. Tremblant sous rexécration qu'il avait soulevée, redoutant la juste punition de ses crimes, il espéra s'y soustraire par une prompte fuite, l.e jour suivant devait avoir encore sa moisson de vielimes. Deux magistrats, La Salette, conseiller, et Co- ([uet, auditeur à la chambre des comptes, une femme. Madame de Bédoule, et d'autres condamnés, entre autres un maître et tous ses domestiques, étaient désignés pour le supplice. Mais le matin, du haut de la tour du château, dans laquelle ils étaient renfermés, les prisonniers aperçurent l'odieux proconsul qui s'enfuyait : leurs cris et leurs huées l'accompagnèrent, et annoncèrent à la ville qu'elle était délivrée de scn oppresseur. Tous ses complices et ses satellites ne purent fuir à son exemple. Les femmes de la ville, armées de pierres et de bâtons, se jetèrent sur ceux qu'elles atteignirent et les laissèrent dépouillés et meurtris. Là où ces hommes avaient fait peser le joug du maître, ils ne trouvèrent pas l'asile du fugitif. Péré parvint à sortir du Béarn et à gagner Hagetmau : là, il fut réduit à se cacher sous un pont. Le capitaine Saint-Lisier, de Montauban, vint à l'y découvrir. Péré le supplia de l'épargner, et se nomma. Ce fut l'arrêt de sa mort : d'un coup de pistolet Saint-Lisier lui casï-a la tête.

Le 23 août, Montgomery fit son entrée dans Pau , salué par des acclamations enthousiastes. Suivi des flots de ce peuple qu'il venait d'arracher à ses tyrans, il se rendit au temple, où Yiret prononça d'éloquentes actions de grâces, et prit pour texte le psaume 124, dont l'application se présentait à tous les esprits :

« N'eût été l'Éternel qui a été pour nous, dise maintenant Israël :

» N'eût été l'Éternel qui a été pour nous, quand les hommes se sont élevés contre nous:

» Ils nous eussent dès lors engloutis tout vifs, pendant que leur colère était enflammée contre nous ;

» Dès lors les eaux se fussent débordées sur nous, un torrent eût passé sur notre âme ;

» Dès lors les eaux enflées eussent passé sur notre âme;

» Béni soit l'Éternel qui ne nous a point livrés en proie à leurs dents ;

» Notre âme est échappée comme l'oiseau du filet de l'oiseleur; le filet a été rompu, et nous sommes échappés.

» Notre aide soit au nom de l'Éternel qui a fait les cieux et la terre (1). »

Tandis que Montgomery se portait vers Pau, d'Arros se dirigeait surNay, que le baron de Bonasse abandonna en toute hâte. Ce chef se retira vers Tarbes, que Montgomery n'avait fait que traverser sans y laisser de garnison. Mais Bonasse n'attendit pas qu'on vînt l'y attaquer ; il se sauva dans les Pyrénées, dont les gorges abruptes et les forêts sauvages avaient des refuges toujours prêts. Esgarrabaque n'avait pas été moins prompt à s'enfuir d'Oléron, sur la première sommation adressée par Montgomery aux jurats de la ville, et il chercha aussi un refuge dans les montagnes. Lusse et Damesan s'étaient retirés dans le pays de Soûle et occupaient Mauléon avec les CalhoUques du pays basque. Les milices béarnaises ayant marché contre eux, ils gagnèrent également, sans résistance, les refuges pyrénéens,

(1) Traduction de David Martin.

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