‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 86 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

qui avaient abrité leurs précédentes rébellions. Les soldats béarnais, furieux de n'avoir pu les atteindre, se vengèrent sur la ville, qu'ils saccagèrent, et sur les domaines du baron de Lusse, qui furent livrés au pillage et à l'incendie. La résidence royale que possédait la petite ville de Mawléon se trouva enveloppée dans cette aveugle vengeance, qui offensait la souveraine en voulant trop bien la servir. Du reste, la Basse-Navarre, en échange de sa soumission, obtint la confirmation des lois qui la régissaient, d'après les lettres patentes de la reine, données aux derniers Etats. Seulement, on augmenta le nombre des temples protestants, et le pays dut se rendre responsable de la sûreté des ministres.

Le pouvoir légitime était partout rétabli. Dans les villes, dans les villages, lesjurats, revêtus du chaperon rouge, insigne de leurs fonctions, proclam. èrent solennellement et à son de trompe la restauration des lois et ordonnances de la maison d'Albret, et la fin d'une odieuse tyrannie, courte par la durée, mais assez longue pour tous les maux qu'elle avait faits.

Il y avait de grands coupables à punir. Les fauteurs et les chefs de la révolte furent exceptés du pardon général, et une commission de trois membres fut instituée pour les juger. Dès le lendemain de l'entrée de Montgomery dans Pau, deux des complices de Péré, les plus signalés par le cri public, Jacques Du Puy, chanoine de Lescar, et Bertrand de La Torte, dit Audios, périrent par le gibet. Cette peine de mort, dont le progrès social et l'humanité appellent l'abolition, mais qui, en notre temps même, n'a pas encore disparu des lois, elle était ici trop fortement réclamée.

Malheureusement, à côté de ces expiations, oii rien

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ne sauvegardait les coupables, pourquoi faut-il ({u'uii légitime sujet de reproche se mêle à la gloire dont Montgomery venait de se couvrir? Les seigneurs navarrais ou béarnais pris avec Terride furent amenés à Pau, et là, ce même jour, 24 août, ils furent mis à mort. Ils étaient au nombre de sept : Sainte-Colombe, Gerdretz, Abidos, Goas, Candau, Sus et Pordéac, auxquels Mézeray en ajoute deux autres, Fabas et Salies. On les considéra comme indignes de jouir du bienfait de la capitulation, vu leur qualité de « subjects et même obligez domestiques de la reine. » Néanmoins aucune exception ni réserve n'ayant été faite à leur égard dans les stipulations en vertu desquelles les assiégés devaient avoir «la vie sauve,» et n'éprouver « nul déplaisir,» ces gentilshommes s'y trouvaient évidemment compris. La parole donnée les protégeait, et la violation de cette parole ne saurait être excusée par la loi des représailles. Si le parti contraire avait des actes semblables à se reprocher, si l'on avait entendu proclamer cette maxime impie qu'une promesse faite à des hérétiques n'oblige pas, un manque de foi n'en autorise et n'en justifie jamais un autre. Cette loi des représailles, déjà si sauvage telle qu'elle est admise par le rigoureux droit de la guerre, elle ne saurait mettre à néant la foi jurée, qui demeure toujours absolue.

Mais ce que la vérité repousse formellement, c'est l'accusation élevée contre Jeanne d'Albret au sujet de ce fait déplorable. On publia qu'il eut lieu d'après son ordre exprès. Ne dissimulons rien : cette imputation jetée par des voix ennemies, elle a trouvé un éclio jusque chez d'Aubigné, jusque chez de Thou, dont nous avons précédemment invoqué l'autorité. Elle aurait ici

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