‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 87 sur 140 · QUATRIEME PARTIE, 1.S · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE, 1.S

ie même poids auprès de nous, sans la raison toute puissante qui la combat. Laissons de côté la question morale, le caractère d'une femme dont toute la vie exclut l'idée d'un acte odieux, la lettre écrite par elle au duc d'Anjou pour désavouer cet acte. N'alléguons pas non plus que Jeanne d'Albret, informée de la prise de ces gentilshommes, mais non des conditions qui leur garantissaient la vie, aurait pu ordonner leur exécution sans savoir que cet ordre violait une promesse. L'argument le plus irréfutable, c'est l'impossibilité matérielle fondée sur les dates. La capitulation fut conclue le 13 août, et ce fut le 24 que les prisonniers périrent. La reine était à La Rochelle ou dans les environs. D'après l'état des moyens de communication à cette époque, même en temps paisible, et à plus forte raison au milieu d'une guerre acharnée, il est absolument impossible que, entre ces deux dates, Jeanne eût pu recevoir la nouvelle de la prise du château d'Orthez et faire parvenir l'ordre impitoyable. Une lettre, qu'elle écrivit à Montgomery le 2 juillet, n'était arrivée que le 23, tant les communications étaient difficiles, et la correspondance de ce général et de Montamar avec la princesse prouve qu'ils ne reçurent d'elle aucune dépêche depuis leur départ de Castres, le 27 juillet, jusqu'au 15 septembre.

En condamnant une sanglante iniquité, il faut en chercher, non pas l'excuse, mais l'explication, dans les passions furieuses de ces temps malheureux, où les notions de la justice et de la morale finissaient par s'altérer, sauf dans des caractères d'éhte. Un guerrier tel que Montgomery put-il commander spontanément un acte que réprouvent même les plus simples règles de

l'honneur humain? On aurait peine à le croire. Il céda, nous le pensons, aux emportements d'une réaction qui trouvait tout châtiment justifié contre les auteurs des calamités publiques, et qui allait jusqu'à les mettre hors du droit des gens. Cette violence ne se lit que trop voir dans le nouveau Conseil souverain que remplaça celui qu'avait établi Terride. Vire règne, écrivait ce Conseil à la reine; Vire, la colère, mauvaise inspiratrice, que ce pouvoir avait mission de contenir, au lieu de la suivre. Comme les miUces qui saccagèrent Mauléon, il alla jusqu'à violer le droit royal, en prétendant le venger. Il avait été décidé que les biens des condamnés resteraient en dépôt et en garde sous l'autorité de la reine, qui devait en disposer seule : le Conseil souverain les fit vendre à l'encan.

Pendant le siège de Navarreins, quelques soupçons s'étaient élevés sur la fidélité de Bassillon, commandant de la place. La reine avait reçu à cet égard des renseignements secrets qu'elle avait transmis à Navarreins, sans que, cependant, aucune preuve fût acquise. Bassillon avait donc conservé ses fonctions. Mais depuis la levée du siège, certains indices recueillis, l'assurance avec laquelle, dans le parti catholique, on se vantait d'être bientôt maître de Navarreins « sans poudre ni canon, » avaient de nouveau donné l'éveil. Tandis que la Basse-Navarre occuperait Montgomery, la place, dégarnie à dessein, serait, disait-on, livrée sans coup férir. Montgomery avait d'abord chargé Bassillon de l'expédition de la Basse-Navarre; mais il jugea prudent de remettre cette mission à d'autres mains, et il la confia au vicomte de Montclar. Quant à Bassillon, il lui écrivit de « continuer en son devoir et ne faulser la foi

Page 1