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promise à sa dame (sa souveraine), » et il ne quitta pas le Béarn. Bassillon fut entouré d'une active surveillance qui, dit-on, fortifia le soupçon d'une intelligence avec Montluc et Damville. Comme, en ce moment, il n'était pas à Navarreins, Montgomery l'y fit appeler. Sur la route, deux capitaines, La Mothe-Pujol et Marchastel, l'assaillirent et le laissèrent mort, « comme traître à son pays et à sa dame. » Son corps fut traîné dans les rues de Navarreins par les valets de l'armée. Les deux capitaines furent-ils les exécuteurs d'un ordre de Montgomery? Bassillon était-il coupable? Quoi qu'il en soit, il n'appartenait quà un tribunal régulier de le condamner, après avoir entendu sa défense. Le dernier des scélérats a droit aux garanties de la loi, et le plus juste châtiment ne doit, en aucun cas, procéder comme le crime. La mort de Bassillon, qu'elle ait été ou non le fait spontané des meurtriers, fait tristement suite au massacre de Sainte-Colombe et de ses compagnons.
Montgomery était destiné à p^rir victime d'un manque de foi aussi odieux que celui qu'il eut au moins le tort de permettre. Échappé à la Saint-Barthélémy, et ayant repris les armes, il se jeta, en 1574, dans la petite ville de Domfront, en Basse-Normandie, oii le maréchal de Matignon l'assiégea. Acculé dans le château, réduit à quelques hommes, il s'y défendit encore avec une valeur désespérée, et se rendit enfin sous condition de la vie sauve. La haine implacable que lui portait Catherine de Médicis n'en fut pas arrêtée. Traité comme le plus vil criminel et apphqué à la question, il fut décapité en place de Grève. L'arrêt déclarait ses enfants même déchus et dégradés de la noblesse. Quand le condamné entendit cette disposition de la sentence :
« Je consens à la dégradation, » dit-ii fièrement, « s'ils » n'ont pas la vertu des nobles pour s'en relever, » D'après ceux qui voudraient atténuer l'odieux de cette exécution, Matignon n'aurait garanti la vie à son prisonnier ([ue tant qu'il l'aurait entre les mains. Cette réserve serait un subterfuge dérisoire et n'absoudrait pas le maréchal, car il savait bien que livrer Montgomery à la reine-mère, c'était l'envoyer à la mort comme s'il l'y envoyait lui-même ; mais ce ne sont pas seulement les auteurs protestants, comme le dit la Biographie universelle, ce sont aussi presque tous les auteurs catholi- (jues, qui rapportent cette promesse de la vie sauve, sans restriction. Les faits dont le parti catholique s'était rendu coupable ne justifiaient pas la violation de la garantie donnée aux gentilshommes révoltés : cette violation ne justifie pas davantage le supplice de Montai omery.
Ce général avait accompli dans toute son étendue la mission confiée par la reine à son épée. Par cotte rapide campagne, Tune des plus remarquables dans l'histoire militaire d'un siècle qui vit tant de guerres et tant de capitaines fameux, les États navarrais étaient entièrement remis sous le pouvoir légitime. Des commandants, choisis parmi les officiers les plus éprouvés pour la valeur et la fidélité, furent donnés aux places principales : ce furent le baron de Lons, à Pau ; de Salles, à Navarreins, où, cinquante ans après, Louis XIII, venant prendre possession du Béarn, le trouva encore; Brasselay, à Orthez; de Loubie, un des tils du baron d'Arros, à Oléron: Poqueron à Nay, Casabon à Lourdes, Rosalis à ïartas, Gratien de Lurbe à Rabastens. Une nouvelle invasion n'était pas à craindre en ce moment. Montluc et
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Damville étaient divisés entre eux. Damville, alléguant l'insuffisance de ses forces et les inquiétudes du Parlement de Toulouse pour sa propre sûreté, refusait d'attaquer le Béarn une seconde fois, comme Montluc le voulait. Montgomery se tenait entre Navarreins et Orthez, attendant l'occasion propice pour traverser de nouveau les provinces occupées par l'ennemi, et rejoindre les Confédérés sur les bords de la Charente ou de la Vienne. La reine continua les pouvoirs du baron (TArros et du baron de Montamar. Tous deux avaient donné, avec l'exemple du dévouement et de Tintrépidité, celui de l'union la plus parfaite, de l'accord le plus intime, pour le service de leur souveraine et de leur pays. Au milieu des actes violents auxquels la l'éaction se porta, ils s'y opposèrent tant qu'ils purent: ils plaidèrent constamment la cause de la modération et de la clémence. Le maintien de leurs pouvoirs montre que la reine approuva la ligne quils suivirent en face des passions effervescentes dont elle ne put, à cause de son absence, prévenir ou réprimer tous les excès.
Un premier succès avait signalé la jonction de Coligny avec les Allemands, qui portait son armée à vingtcinq mille hommes. L'amiral, après la prise de Nontron, étant rentré dans le Limousin, rencontra, le 23 juin, l'armée du duc d'Anjou à La Roche- Abeille. Là, s'engagea une action très vive, où le prince de Béarn et Henri de Condé firent leurs premières armes. Le village de La Roche-Abeille qui couvrait les troupes catholiques, ayant été tourné par une manœuvre habile, elles furent prises en flanc, forcées à la retraite, et ne se rallièrent que sur
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des hauteurs, protégées par leur artillerie. Le lendemain, eurent encore lieu quelques escarmouches à l'avantage des Calvinistes. Sans avoir les proportions d'une bataille, cette aftaire de La Roche-Abeille eut un effet moral assez marqué pour que Tarmée catholique évitât une action générale et laissât le champ libre à ses adversaires. Ceux-ci firent lever le siège de Niort, et s'emparèrent de plusieurs places du Périgord, de l'Angoumois et du Poitou, Brantôme, Chabanais, Confolens, Châtellerault, Lusignan, etc. Par un triste dédommagement, les Catholiques pillèrent et saccagèrent le beau château de Châtillon-sur-Loing , berceau de l'amiral, qui l'avait fait magnifiquement décorer par Jean Gougon et par d'habiles artistes d'Italie.
En faisant la guerre, Coligny avait toujours pour but unique une paix durable qui assurât la Uberté de conscience. Quand les Allemands l'eurent rejoint, pensant trouver la cour en disposition plus favorable, il avait fait demander au duc d'Anjou un passeport pour le négociateur qu'il voulait députer, M. de Lestrange, sage et respectable gentilhomme que nous retrouverons bientôt. Ce passeport fut refusé. A la suite du combat de La Roche-Abeille, l'amiral renouvela ses tentatives. Il adressa une requête au roi pour supplier humblement Sa Majesté de « vouloir octroyer à ses sujets, de quelque condition que ce soit, et par tout son royaume, libre exercice de leur religion, sans exception ni modification aucune, avec les sûretés y requises et nécessaires. » Il ajoutait que si l'on pouvait prouver aux Religionnaires que la profession de foi ci-devant présentée à Sa Majesté par les Églises de France fût contraire à la doctrine des Apôtres, ils étaient prêts à